Toute la ville de Pékin est recouverte d’une épaisse couche vaporeuse dont les gaz gris et infects masquent le soleil de ce lundi matin alors que s’ébranle la délégation emmenée par Rudi Vervoort. Ce nuage de smog qui irrite directement les muqueuses du visiteur étranger et pousse les habitants à porter des masques, inutiles pour la plupart, est directement causé par les nombreuses usines à charbon qui bordent la capitale chinoise. L’explosion de la circulation automobile dans ce qui ressemble à un embouteillage permanent n’y est évidemment pas pour rien non plus. Une gêne pour les autorités et les entreprises locales qui ne peuvent que constater que cette pollution nuit à l’image du pays. Mais la diplomatie économique poursuit son petit bonhomme de chemin.

Un quartier chinois à Bruxelles ?

La Skoda officielle du ministre-Président bruxellois fonce vers Zhongguancun, un zoning aux dimensions vertigineuses présenté comme la Silicon Valley chinoise. 5 000 entreprises et une quarantaine d’universités y bouillonnent afin de propulser le pays au top mondial des nouvelles technologies. Les voitures s’arrêtent devant un imposant bâtiment déposé comme un gâteau sur l’immense parterre engazonné du site. A l’intérieur, point d’experts rivés à leurs écrans dans un tumulte d’expérimentations électroniques, mais un vaste showroom qui semble avoir été vidé pour l’occasion. Une vitrine énorme. Un guide explique à la délégation les extraordinaires réalisations des entreprises chinoises : des imprimantes 3D capables de sculpter des pièces d’avions ou des prothèses osseuses, des écrans dont le contenu n’est visible qu’avec des lunettes spéciales, des fenêtres du futur qui, dépourvues de rideaux, s’obscurcissent au moyen d’une commande électronique. Impressionné, le cabinet Vervoort discute sec. Pour cause, le site d’innovation chinois est en accord avec la Région de Bruxelles-Capitale.

"Les Chinois sont particulièrement intéressés par les relations étroites qui unissent les start-up bruxelloises et nos universités", glisse un membre de la délégation. Pour autant, personne côté belge n’est tout à fait dupe. "Les Chinois s’intéressent également à nos technologies", souffle-t-on. A Bruxelles, et malgré l’installation récente de deux grandes banques chinoises, les investissements ne décollent pas vraiment en provenance de Chine. "Les Chinois sont très intéressés à l’idée d’investir en Europe et à Bruxelles, explique Mattias Debroyer, consul économique et commercial à Shanghai. Mais, un peu à l’image des investisseurs belges qui aimeraient entrer dans le marché chinois, ils craignent de se retrouver perdus dans un contexte général qui leur est complètement étranger. Les Chinois ont besoin d’un cadre de référence qui leur est familier". Et le consul d’appeler de ses vœux l’émergence à Bruxelles d’un véritable quartier chinois. "Pourquoi pas à Woluwe-Saint-Lambert, à proximité de l’ambassade."

L’argument européen

A l’évidence, les entreprises chinoises craignent également la législation sociale belge qui pèse sur le coût du travail. Mais pour "Brussels Invest & Export", Mattias Debroyer multiplie les contacts afin d’attirer des investisseurs. "Il s’agit de leur faire comprendre l’importance d’être à Bruxelles, où la présence des institutions européennes fait de la capitale un centre décisionnel incontournable. Il y a encore beaucoup de travail", poursuit le diplomate.

Du côté de la Région bruxelloise, on a évidemment compris que ce ne sont pas les usines qui feront profiter Bruxelles du boom économique chinois. A moyen terme, les touristes issus d’une classe moyenne riche et sans cesse grandissante intéressent au plus haut point. Cette semaine, dans le cadre de ses "Brussels Days" annuels, la Région organisait deux séminaires, l’un axé sur le tourisme de congrès, l’autre sur le tourisme de loisirs. Pour l’heure, c’est surtout le second qui prédomine.

Le célèbre restaurant "Chez Léon" l’a compris depuis ses premières prospections en Chine, en 2006. "Les contacts que nous faisons ici rapportent déjà, témoigne Thierry Scheers, sales manager. Mais nous récolterons les fruits de ce travail dans quatre ou cinq ans. La manière de vivre des Chinois se modernise, ils s’ouvrent au monde". D’où une belle présence du secteur hôtelier bruxellois de luxe ou de la bijouterie cette semaine à Pékin. Tous confirment la difficulté de créer des liens commerciaux avec des acteurs à la mentalité radicalement différente. Mais avant tout forts d’un marché intérieur qu’il est impossible d’ignorer.