La société de conseil Morgan Chambers a diffusé hier une étude sur le marché de l'outsourcing (sous-traitance) informatique en Belgique et au Luxembourg. Une analyse basée sur les interviews d'une centaine de patrons de l'informatique des 150 plus grandes entreprises en Belgique et au Luxembourg. Le marché de l'externalisation informatique porte en Belgique sur un budget annuel de 800 millions d'euros environ, mais historiquement, il progresse difficilement chez nous. Pourtant, selon l'étude de Morgan Chambers, alors que 55pc des entreprises interrogées sous-traitaient plus de 10pc de leur budget informatique en 2004 contre 44pc en 2003, 60pc le feront en 2005. Mais, note l'étude, la taille moyenne des contrats reste relativement faible: 80pc de ces derniers sont inférieurs à 5 millions d'euros par an.

Points forts, points faibles

Les points positifs relevés par les personnes interrogées sont l'impact sur les coûts (réduction ou stabilisation), la qualité du service, l'adéquation à la demande du marché, l'accès à des équipes de développement, et la possibilité pour les entreprises de se recentrer sur leur activité de base. Les points négatifs chez nous restent liés à notre culture du monde du travail. Les entreprises craignent de perdre le contrôle des processus, ne trouvent pas suffisamment d'avantages en termes de coûts, et sont confrontées à des problèmes de gestion des ressources humaines. En effet, nous explique Jef Loos qui dirige Morgan Chambers Benelux, «sur les 10 dernières années, les processus d'outsourcing ont donné lieu à 7000 transferts de personnel aux Pays-Bas, 30000 en Grande-Bretagne, et seulement 1000 en Belgique. Il y a derrière ce refus de mobilité des informaticiens, des raisons syndicales, notamment, et en ce qui concerne la fonction publique, des raisons liées au statut des personnes. C'est vrai aussi dans le secteur bancaire belge où les statuts des employés informatiques sont extrêmement confortables, ce qui limite la mobilité». Dès lors, la Belgique accuse toujours un retard important en matière d'outsourcing. «On évalue ce retard à 5 ans par rapport aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne, et à 2 ans par rapport aux Pays-Bas», reprend Jef Loos. Les grands acteurs du secteur en Belgique restent IBM, Hewlett-Packard et EDS, avec au total, plus de 100 millions d'euros de contrats par an. IBM et HP restent d'ailleurs les noms des partenaires informatiques les plus cités dans le principe d'un projet d'outsourcing.

«Mais d'autres acteurs belges les suivent de près, grâce à leur maîtrise en matière d'intégration de réseaux. Il s'agit de Telindus, Cap Gemini et... Belgacom. Ces trois entreprises récoltent dans notre étude les meilleurs résultats en termes de satisfaction des clients pour 2004, avec une note de plus de 75pc. Mais, pratiquement tous les acteurs du marché sont plus sévèrement jugés pour 2005. L'explication: les clients sont plus éduqués à l'outsourcing et donc plus exigeants.» Et les grandes tendances de ce marché qui accélère? «Les grandes banques belges osent maintenant évoquer le principe d'une étude sur l'outsourcing, les autres entreprises songent pour leur part à étendre aux «deskstops» et aux «helpdesks» la sous-traitance limitée jusqu'ici aux applications.»

© La Libre Belgique 2005