La deuxième banque allemande Commerzbank, en difficulté, a annoncé vendredi un nouveau plan de restructuration avec 4.300 suppressions d'emplois dans le monde à la clé, alors que le secteur dans son ensemble traverse une passe compliquée.

L'établissement, en crise depuis plusieurs années et qui a récemment échoué à fusionner avec sa rivale Deutsche Bank, compte dans le même temps créer 2.000 emplois à temps plein, soit au final une suppression nette de 2.300 emplois dans le monde, selon un communiqué.

Dans ce cadre, 200 agences bancaires vont être supprimées. Il en restera à terme 800.

La banque, dont l'Etat allemand est toujours actionnaire à hauteur de quelque 15%, va de fait se recentrer sur l'Allemagne, en cherchant à se séparer de sa lucrative filiale polonaise mBank.

Cela pour financer la poursuite de sa transition vers le numérique et se positionner en banque de détail et des petites entreprises.

Elle compte pour cela fusionner les activités de sa filiale en ligne Comdirect avec celles de la maison mère.

Les annonces de suppressions de postes et d'agences étaient attendues vu le contexte, "en revanche le choix me paraît curieux de se séparer de la filiale polonaise qui avait pris de l'avance dans le numérique et où il existait un véritable potentiel de croissance", a réagi vendredi Andreas Pläsier, analyste chez MM Warburg.

Exemples européens

Tout le secteur bancaire est sous pression.

La rivale Deutsche Bank a, elle, annoncé au printemps la suppression de 18.000 emplois, principalement aux Etats-Unis et en Asie, pour se recentrer sur l'Europe.

D'autres grandes banques européennes ont annoncé récemment des coupes dans leurs effectifs pour s'adapter au contexte des taux bas et du virage accéléré dans le numérique, à l'image de la britannique HSBC (4.000 emplois) et la française Société Générale (plus de 1.600 postes) et du bancassureur belge KBC (1.400 emplois).

Et la banque italienne UniCredit envisagerait jusqu'à 10.000 suppressions d'emplois supplémentaires, selon Bloomberg.

Le manque de rentabilité est une caractéristique générale des banques allemandes, en particulier sur les activités de détail. Cela s'explique par la structure très particulière du marché bancaire au sein de la première économie européenne, qui reste dominé par les caisses d'épargne publiques, dont la recherche de profit n'est pas la priorité.

Les problèmes des grandes banques allemandes proviennent également de leurs coûts excessifs. Le ratio des charges sur les recettes dépassait 80% chez Commerzbank à fin juin, contre moins de 60% pour la néerlandaise ING qui très présente dans la banque en ligne en Allemagne.

Polémique contre la BCE

Commerzbank, à l'unisson de la plupart des banques allemandes, se plaint de souffrir des taux d'intérêt très bas et de la politique monétaire en ce sens de la Banque centrale européenne pour soutenir la croissance atone en zone euro.

L'Allemagne est traditionnellement un pays d'épargnants et la baisse des rendements des placements suscite régulièrement la polémique. Le président de la BCE, l'Italien Draghi, a même été rebaptisé dans la presse populaire "Draghila" et dépeint en comte Dracula "saignant" les petits épargnants et les banques nationales.

Mais Commerzbank a aussi des problèmes internes, avec jadis de gros engagements dans le secteur de la marine marchande, devenus un gros foyer de pertes.

Les réductions d'effectifs annoncées vendredi ne sont pas les premières du genre. En 2016, Commerzbank a déjà annoncé une suppression de 9.600 postes.

La présente restructuration va lui coûter 850 millions d'euros. A terme, la banque au logo jaune vise un rendement des capitaux propres de "plus de 4%", contre moins de 3% au premier semestre de 2019.

En Bourse, ces annonces faisaient peu d'étincelles, le titre gagnant à 04H45 GMT 0,79% à 5,75 euros, naviguant toujours près de ses plus bas historiques.