La crise du "subprime" n'en finit pas de faire des dégâts dans le secteur bancaire. Lundi, c'est la banque UBS, un grand nom de la finance suisse, qui a accru de 10 milliards de dollars le montant de ses dépréciations en raison de la détérioration du marché américain des titres hypothécaires à risque. Elle avait déjà acté une première dépréciation de 4,2 milliards de francs suisses en octobre, qui s'est traduite par une perte nette de 830 millions au troisième trimestre. La provision supplémentaire va entraîner une perte au quatrième trimestre "au lieu d'un bénéfice global comme anticipé" . Une perte nette pour l'ensemble de 2007 est "maintenant jugée possible" .

On aurait pu craindre le pire après cette nouvelle. Mais, l'action UBS qui a ouvert en nette baisse s'est redressée pour terminer à 58 euros (+1,4 pc). Si les investisseurs ont plutôt bien réagi c'est parce qu'ils ont été rassurés par l'annonce d'un renforcement des fonds propres de la banque via une émission d'obligations obligatoirement convertibles pour un montant de 13 milliards de francs suisses (7,84 milliards d'euros).

L'émission va être souscrite par deux investisseurs, d'une part GIC (Government of Singapore Investment Corporation) pour 11 milliards de francs suisses et d'autre part par un investisseur du Moyen-Orient qui a souhaité garder l'anonymat. Cet investissement correspond à environ 9 pc du capital d'UBS.

Selon un courtier, "le fait que l'augmentation de capital soit déjà souscrite est plutôt un bon signe concernant la santé à long terme d'UBS". "Comme pour Citigroup, UBS a trouvé des investisseurs pour compenser l'impact de la crise du subprime. Cela rassure les marchés, cela veut dire qu'il n'y aura pas de défaut", commente un spécialiste des produits dérivés. "Les fonds souverains commencent à faire des incursions dans le secteur bancaire et il y en aura d'autres", ajoute un gérant.

Coupon de 9 pc

Mais comme Citigroup ou Fortis qui ont également lancé récemment des émissions de papier convertible en actions, UBS paie le prix fort. Les obligations sont assorties d'un coupon de 9 pc jusqu'à la conversion en actions ordinaires, ce qui devra intervenir jusqu'à une date fixée environ deux ans après l'émission. Citigroup a lui offert jusqu'à du 11 pc pour les obligations souscrites par le fonds souverain d'Abou Dhabi. Quant au groupe Fortis, il paie l'Euribor (taux à court terme) majoré d'une prime pouvant aller jusqu'à 2 pc.

UBS a annoncé d'autres mesures destinées à renforcer ses fonds propres : elle va vendre les actions détenues en autocontrôle pour un montant de 2 milliards de francs suisses et propose de remplacer le dividende en numéraire par un dividende en actions. Ce qui devrait permettre d'augmenter les fonds propres à concurrence de 4,4 milliards de francs suisses. Toutes ces mesures doivent être approuvées lors d'une assemblée extraordinaire début 2008.

Prié de dire s'il comptait démissionner, le président du conseil d'administration Marc Ospel a indiqué n'avoir ressenti aucune pression interne en ce sens. Il a insisté aussi sur le fait qu'il ne s'attendait pas à un bonus de rémunération cette année et qu'UBS devait réfléchir au repositionnement de sa banque d'investissement, à l'origine de tous ses maux.

(avec AFP)