Le groupe anglo-australien Rio Tinto a lancé, jeudi, la plus grosse OPA de l'histoire des métaux et de l'industrie minière, en offrant 38,1 milliards de dollars pour le producteur d'aluminium canadien Alcan, enchérissant sur une offre de l'américain Alcoa. Alcan, qui avait racheté son concurrent français Pechiney en 2003, a accepté cette offre de 101 dollars par action, supérieure de 33 pc à celle d'Alcoa, laquelle valorisait Alcan à 28,8 milliards de dollars, hors dette, et avait été rejetée par celui-ci au printemps.

Alcan devra payer 1,05 milliard de dollars d'indemnité à Rio Tinto s'il lui fait défaut, ce qui a de quoi décourager une surenchère. L'offre du deuxième groupe minier mondial est en outre intégralement en numéraire, alors que celle du groupe américain mélange cash et actions. "L'argent est roi en ce moment, personne ne veut de titres", a lancé avec confiance, jeudi, le directeur financier de Rio Tinto, Guy Elliott.

L'opération donnerait naissance au numéro un mondial de l'aluminium, avec une production de 4,3 millions de tonnes par an, contre 4 millions pour le groupe russe Rusal, leader actuel du secteur, et 3,6 millions pour Alcoa. La production mondiale d'aluminium primaire, utilisé par exemple pour fabriquer des canettes ou construire des avions, a été de 23,8 millions de tonnes en 2006, en hausse de 28 pc par rapport à 1996. Elle a plus que doublé depuis 30 ans, selon l'Institut international de l'aluminium, basé à Londres, alors que la demande a fortement augmenté récemment. Celle-ci est tirée principalement par les pays émergents comme la Chine, l'Inde, la Russie et le Brésil, dont l'appétit dope depuis trois ans le cours des métaux de base industriels.

"Tout tourne autour de la Chine", a souligné le directeur général de Rio Tinto, Tom Albanese. "Les trois métaux que vous pouvez associer actuellement à la croissance économique du pays sont l'acier, le cuivre et l'aluminium".

Or, si le groupe anglo-australien, fondé il y a 134 ans, est déjà bien présent dans le minerai de fer, composant de l'acier, et le cuivre, il a du retard dans l'aluminium. "C'est l'occasion pour Rio Tinto de renforcer sa position dans le secteur et de mettre un frein à l'expansion de ses concurrents BHP Billiton et Alcoa", a estimé Gavin Wendt, analyste de Fat Prophets.

L'opération confirme aussi la tendance croissante à marier l'extraction minière à la production métallurgique, afin de réduire les coûts de production, le prix des minerais ayant fortement augmenté depuis quatre ans. Rio Tinto possède, en effet, des mines de bauxite dans l'ouest de l'Australie, dont il tire de l'alumine, composant de base de l'aluminium. Le rachat du sidérurgiste anglo-néerlandais Corus par le groupe indien Tata Steel, gros producteur de minerai de fer, conclu au premier semestre pour 12,5 milliards de dollars, répondait à la même logique. La direction de Rio Tinto compte économiser 600 millions de dollars par an en combinant ses activités à celles d'Alcan, ce qui a de quoi inquiéter en termes d'emploi.