Après les attentes suscitées par les déclarations de Mario Draghi la semaine passée, la Banque centrale européenne (BCE) a douché les marchés en n’annonçant pas de mesures supplémentaires en faveur des pays en difficulté de la zone euro. Le programme de rachat d’obligations sur le marché secondaire ne sera donc pas réactivé. Dans la foulée de ces déclarations, les principales Bourses européennes ont décroché. L’Eurostoxx 50 a lâché 2,76 %, Paris 2,68 %, Francfort 2,20 % et Bruxelles 2,08 %. Les Bourses de Milan et Madrid ont respectivement perdu 4,64 % et 5,16 % (voir page 24). Le rendement de l’obligation espagnole a grimpé à 7,08%, contre 6,73% la veille. Le rendement italien est, lui, monté à 6,16%, contre 5,931% la veille. Suite à ces annonces décevantes, les chefs de gouvernement espagnol et italien, Mariano Rajoy et Mario Monti, se sont engagés à Madrid à travailler ensemble et à "renforcer" leur collaboration afin de résoudre la crise de la dette qui menace la zone euro et touche leurs deux pays.

"La décision de la Banque centrale est logique, a néanmoins réagi Etienne de Callataÿ, le chef économiste de la banque Degroof. Elle fait ce qu’il faut pour éviter la catastrophe tout en mettant suffisament de pression sur les Etats pour qu’ils s’engagent dans leurs réformes. C’est dans la lignée de ce qu’elle fait depuis douze mois". Et, selon lui, les propos de Mario Draghi de la semaine passée en faveur de l’euro avaient eu l’effet escompté. "Il n’y avait donc pas besoin d’ajouter une couche aujourd’hui, précise-t-il. La BCE doit garder des munitions".

La BCE s’est dite prête à se porter au secours de la zone euro, y compris en intervenant sur le marché obligataire, à la condition toutefois que les gouvernements fassent leur devoir. Ces propos de Mario Draghi ont suscité immédiatement une déception à la hauteur des attentes. Les opérateurs s’attendaient, en effet, à l’annonce d’une reprise immédiate des rachats d’obligations sur le marché secondaire.

La BCE "peut entreprendre des opérations sur le marché obligataire d’une taille adéquate pour atteindre son objectif", et ce face aux taux d’emprunt "inacceptables" que doivent consentir certains pays de la zone euro, a déclaré M. Draghi lors de sa conférence de presse à Francfort, à l’issue de la réunion du conseil des gouverneurs. Il a aussi annoncé que son institution était prête à prendre de nouvelles mesures exceptionnelles afin de restaurer la bonne transmission de sa politique monétaire, mais sans préciser lesquelles. Les modalités de ces mesures seront présentées "au cours des prochaines semaines", a-t-il ajouté.

Pour M. Draghi, pour que la BCE agisse, il faut toutefois que les dirigeants européens s’engagent à poursuivre leurs efforts d’assainissement budgétaire et de réformes structurelles. Face au manque de coordination des responsables européens, M. Draghi leur a envoyé un message coutumier: "la politique monétaire ne peut pas tout, et surtout pas compenser le manque d’action des politiques" . Il a cependant réaffirmé l’engagement unanime des 23 membres du conseil des gouverneurs à "tout faire" pour protéger la zone euro, les mêmes termes que ceux employés la semaine dernière à Londres et qui avaient laissé miroiter une action d’envergure de la BCE dès cette semaine. Il a martelé la caractère "irréversible" de l’euro et a qualifié "d’inutile" la spéculation contre lui. L.Lam (avec AFP)