Face à une crise financière qui menace de plus en plus de contaminer l'économie réelle, la Banque centrale européenne (BCE) s'est résolue vendredi à apporter une nouvelle fois plusieurs dizaines de milliards d'euros aux banques.

La BCE va agir en quatre temps, par le biais d'opérations de refinancement à long terme, qui viendront s'ajouter à ses opérations hebdomadaires et mensuelles habituelles. Deux opérations de "refi long terme", qui seront lancées en mai et en juin, permettront d'offrir aux banques des prêts de 50 milliards d'euros sur trois mois. Elles prendront le relais d'opérations similaires déjà en cours, d'un montant de 60 milliards.

Et pour la première fois de son histoire, la BCE va lancer des opérations sur six mois, une début avril, la seconde en juillet, pour un montant de 25 milliards d'euros chacune. En tout, la banque centrale met donc jusqu'à 150 milliards d'euros à disposition des banques commerciales implantées en zone euro.

Si la BCE doit prendre des mesures aussi radicales, c'est qu'elle fait face "à une vraie crise de financement", commente Sylvain Broyer, analyste chez Natixis. L'institution francfortoise s'était déjà dite prête jeudi à apporter des liquidités supplémentaires aux marchés. Les banques, échaudées par la crise financière, hésitent toujours à se prêter de l'argent entre elles, obligeant la BCE à intervenir.

Un regain de tension à court terme est chose courante à cette période de l'année, où les établissements bancaires clôturent leurs comptes annuels, rappelle M. Broyer. Mais le fait que l'institution monétaire agisse à présent sur six mois montre que le problème est plus grave, selon les économistes, et que la crise quitte la sphère financière pour se propager à l'économie réelle, en rendant le financement des entreprises plus difficiles. "Nous allons avoir des conséquences sur l'économie réelle" si les entreprises peinent à se financer, car elles pourront moins investir, moins embaucher, avertit Sylvain Broyer.

Une bouffée d'air

La BCE "peut apaiser un peu" les marchés "mais sûrement pas tout régler", relève Christoph Balz, analyste chez Commerzbank, alors que le problème principal reste le manque de confiance entre banques à l'heure où les pertes causées par la crise financière ne peuvent pas encore être évaluées.

"Je ne dirais pas que le pire est derrière nous", a reconnu le président de la BCE Jean-Claude Trichet cette semaine. Pour autant, il continue à penser que la principale menace pour l'économie de la zone euro reste l'inflation, qui atteint des niveaux record. Pour la BCE, pas question donc de baisser les taux. Même si, pour M. Broyer, ce serait le seul moyen "d'apporter une bouffée d'air à tout le monde". (AFP)