Le chômage des jeunes n’est pas l’apanage de la Belgique. Toute l’Europe fait face à ce phénomène. Fin 2012, le taux de chômage des moins de 25 ans culminait à 22,8 % dans l’Union européenne, avec des variations considérables entre pays : de 8,1 % en Allemagne à 55,3 % en Grèce. Avec ses 19,8 %, notre pays n’est donc pas le plus mal loti. Par contre, en Belgique, la proportion des jeunes parmi les chômeurs est une des plus élevées, ressort-il de l’analyse que vient de faire l’Institut de recherches économiques et sociales de l’UCL (Ires) (1).

Bart Cockx (UGent), chercheur associé à l’Ires, a établi le rapport, pour différents pays européens, entre le taux de chômage des moins de 25 ans et celui des 25-54 ans, sur les années 2003 à 2012. Pour la Belgique, ce rapport entre taux de chômage des moins de 25 ans (19,8 %) et celui des plus de 25 ans (6,8 %) est de 2,9. C’est-à-dire qu’il y a quasi trois fois plus de chômeurs chez les plus de 25 ans. C’est plus que dans l’Union européenne en général (où ce rapport est de 2,4). C’est davantage aussi qu’en Grèce (2,8), en France (2,7) ou en Espagne (2,3). C’est surtout nettement supérieur aux performances de l’Allemagne (1,4), du Danemark (2,2), de l’Autriche (2,2) ou des Pays-Bas (2,1).

A noter que, contrairement à certaines idées reçues, ce phénomène touche également les jeunes Flamands. Dans notre pays, c’est même en Flandre que le rapport est le plus élevé : il est de 3,3, contre 3,1 en Wallonie et 2,2 à Bruxelles. Mais ce mauvais score du nord du pays s’explique notamment par son taux de chômage des plus de 25 ans, un des plus faibles en Europe.

Au-delà du constat, Bart Cockx a tenté d’identifier les raisons de ce chômage des jeunes structurellement élevé en Belgique. Il dénonce notamment plusieurs décisions prises par les autorités belges et qui vont dans le mauvais sens.

1. La faible qualification des jeunes chômeurs. En Belgique, le chômage des jeunes touche surtout les personnes peu qualifiées. Parmi les jeunes qui n’ont pas terminé l’école secondaire, le taux de chômage était, de 2003 à 2012, de 30,4 % en Belgique, contre 23,8 % en moyenne dans l’UE. Et si l’on se penche sur le temps de travail presté par les jeunes dans les cinq années qui suivent la sortie de l’école, on voit que les performances globales belges (3 années de travail en 5 ans) ne sont pas mauvaises en regard de celles des autres pays de l’OCDE. Par contre, aucun autre pays n’obtient d’aussi piètres résultats pour les jeunes qui n’ont pas leur diplôme de fin de secondaire (1,3 an).

2. Le salaire minimum trop élevé. "Le salaire minimum belge est un des plus élevés au monde , pointe Bart Cockx. Et le jeune qui commence à travailler n’est pas suffisamment productif pour financer ce salaire." Cela décourage son embauche. Un problème exacerbé par la récente décision des partenaires sociaux de remonter le salaire minimum des moins de 21 ans au niveau de celui des autres. "Pourtant, à cet âge-là, on vit souvent chez ses parents. La différence était justifiée. Bien sûr, socialement, une réduction du salaire minimum n’est pas acceptable, mais le coût du travail des travailleurs à bas salaires doit être diminué de manière structurelle."

3. Les aides à l’emploi trop peu ciblées. Il existe aujourd’hui de nombreuses aides à l’embauche, attribuées pour une durée limitée. M. Cockx suggère de les supprimer et de les remplacer par une subvention permanente pour les travailleurs à bas salaires, qui diminue à mesure que le salaire augmente. Un système beaucoup plus conforme à la croissance de la productivité que n’importe quel régime d’aides à l’embauche.

4. Le système d’enseignement inadapté. Taux de redoublement record, relégation dans le professionnel pour cause d’échec plutôt que par choix, faible combinaison travail-étude,… Le système doit être réformé, dit Bart Cockx : il faut instaurer la remédiation continue, postposer l’orientation en différentes filières et stimuler la formation en alternance.

5. Le suivi des chômeurs trop peu ciblé. Plutôt que de vouloir accompagner tous les chômeurs au début de leur période de chômage, Bart Cockx préconise de cibler les efforts sur les jeunes peu qualifiés. "Les autres peuvent se débrouiller" , dit-il. Alors que le gouvernement vient d’allonger de neuf à douze mois la période d’attente avant de toucher le chômage, il propose de verser 400 euros à chaque jeune dès sa sortie des études (majorés pour ceux qui ont des difficultés financières). Cela constituerait un incitant à s’inscrire comme demandeur d’emploi et permettrait une intervention précoce pour accompagner les jeunes défavorisés.L.G.

(1) Voir www.regards-economiques.be