entretien

La bière belge est un label qui, aussi réputé soit-il, est appelé à évoluer. Voilà en résumé le message que veut faire passer Theo Vervloet, le président des brasseurs belges, alors que se tient, dès vendredi, le 9e week-end de la bière à la Grand-Place de Bruxelles (lire ci-contre).

"Le marché change. Il faut pouvoir anticiper les nouvelles attentes. Il faut continuer à investir pour mener la bière belge à des critères de perfection. Il faut faire évoluer la tradition en investissant dans la technicité", souligne celui qui est aussi aux commandes de la brasserie d'Affligem.

Il est important que le brasseur se montre "plus professionnel" vis-à-vis du consommateur. Et d'énumérer quelques mots clés tels que modernité, innovation (notamment au niveau du "packaging"), technicité pour "mieux permettre notamment à la bière de voyager". Car sans les débouchés à l'exportation, la moitié des brasseurs belges auraient dû mettre la clé sous le paillasson. "En termes d'exportation, les chiffres sont bons et doivent le rester. Il faut réfléchir à comment on peut consolider cette situation", souligne Theo Vervloet. Mais une bière qui ne peut souffrir d'un long transport a-t-elle le même goût que celle que l'on peut boire à la sortie des fûts ? "La bière qui voyage garde son goût. Elle est juste mieux filtrée", assure Theo Vervloet.

Prix à la hausse

Et ces efforts en technicité et innovation ne pourraient-ils pas se traduire par une hausse des prix ? La question est sans doute prématurée. Ce qui est sûr, c'est que la tendance actuelle est déjà à la hausse en raison de l'augmentation des prix des matières premières (malt, houblon), mais aussi de l'eau ou encore le prix des bouteilles réutilisables. Un des grands problèmes des brasseurs réside dans le peu de producteurs de verre, ce qui limite la concurrence et aussi l'offre.

Toutefois, on ne semble plus être au temps où c'était Interbrew (devenu InBev, suite à la fusion avec les Brésiliens d'Ambev), le leader incontesté du marché belge, qui donnait le ton en matière de prix. "La décision est prise aujourd'hui individuellement par chaque brasseur alors qu'avant, tout le monde attendait Interbrew", explique Theo Vervloet. D'après lui, le brasseur belgo-brésilien, qui détient une part de marché de 56 pc en Belgique, se montre aujourd'hui "moins agressif" envers les autres acteurs du marché belge de la bière. "Il n'y a pas d'incident. Il y a une plus grande ouverture d'InBev au niveau de la fédération, une attitude plus conciliante. Il faut apprendre à vivre avec le plus grand".

Au niveau de l'exportation, InBev peut donner même un coup de pouce en ouvrant certains marchés à la bière belge comme Heineken l'a fait pour la pils néerlandaise.

Pour ce qui est de la consommation, pas de grands changements à signaler. L'été peu ensoleillé n'a, semble-t-il, pas trop pesé sur les ventes. "Les chiffres ne sont pas fantastiques, mais ils ne traduisent pas de grands changements. Les six premiers mois de l'année avaient été très bons." En raison notamment d'un mois d'avril quasi tropical.

Pourcentage élevé

Les pils continuent à représenter 75 pc de la consommation de bière en Belgique, contre 25 pc pour les bières spéciales. Ce qui est un pourcentage très élevé.

Et quid de la proposition d'interdire la vente de bière dans le secteur de la distribution aux moins de 16 ans ? Les brasseurs s'étaient montrés pour une réglementation. Dans l'attente d'un gouvernement, la question n'est toutefois pas près d'être résolue.