Pour Hervé Coppens (PIB - Petercam), la situation actuelle du marché des taux n'est pas exceptionnelle. De quoi parle-t-on ? Des courbes des taux à court terme et à long terme qui sont réellement très proches aujourd'hui, ce qui se traduit sur un graphique par un aplatissement de la courbe des écarts de taux. Bref : taux longs et taux courts très proches ? En théorie pourtant, le rendement d'un prêt (sous la forme d'un bon de caisse par exemple) à long terme est plus élevé que celui d'un prêt à court terme (un compte d'épargne). Mais dans certaines conditions économiques, cette situation théorique peut être renversée. Et on n'en est pas loin aujourd'hui. En Belgique, par exemple, le taux de référence à long terme (qui sert notamment de référence aux taux hypothécaires) se situe autour de 3,92 pc alors que le taux de référence à court terme (qui sert de référence aux taux des prêts à court terme) avoisine les 3,72 pc. Différence : 0,20 pc ou comme disent les pros des marchés des taux, 20 points de base. "C'est très bas, mais on a connu une situation d'inversion de la courbe des taux avec un différentiel, au début des années 90, lié aux réminiscences d'une période marquée par un fort niveau d'inflation", nous explique encore Hervé Coppens. Comprenez qu'à ce moment, il était plus intéressant de prêter de l'argent à court terme qu'à long terme. Un peu le monde à l'envers pour le commun des mortels.

Qu'est-ce qui peut expliquer l'évolution vers le haut des taux à court terme ? Il faut savoir que ces taux, définis par les banques centrales, correspondent à des niveaux que les instituts d'émission estiment adaptés à la situation économique du moment. Or, la Banque centrale européenne (BCE), est plus attentive à l'évolution des prix - à l'inflation - que la Réserve fédérale américaine (Fed) qui tient plus compte du dynamisme économique. "En effet, la BCE a comme principal objectif déclaré d'oeuvrer en faveur de la stabilité des prix", confirme encore Hervé Coppens.

Or en 2006, les signaux inflationnistes n'ont pas été des plus clairs, et la BCE a haussé les taux courts pour freiner un éventuel dérapage des prix. "Mais pour 2007, on ne s'attend pas à une poursuite de la hausse des taux à court terme de la part de la BCE qui a laissé entendre qu'elle tiendrait compte de l'évolution de la croissance". Comprenez que, si les entreprises donnent des signes d'essoufflement, la BCE ralentira le processus de hausse des taux à court terme, pour leur permettre de poursuivre leurs investissements à bon compte par le biais d'emprunts à court terme.

"La BCE et la Fed vont sans doute s'accommoder de taux à court terme proches du niveau actuel", estime enfin Hervé Coppens. Ce qui voudrait dire que les taux à long terme ne devraient pas descendre sous les taux à court terme dans les mois à venir. Des propos rassurants pour des investisseurs désorientés.