La course contre la montre (Sabena 3/6)
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La course contre la montre (Sabena 3/6)

Vincent Slits

Publié le - Mis à jour le

Pendant ce temps, Ferdinand Chaffart harcèle Mario Corti, patron de Swissair. Il lui envoie courrier sur courrier, lui téléphone presque tous les jours. Histoire de rappeler à Swissair ses obligations et sa promesse de recapitaliser la Sabena à hauteur de 125 millions d’euros. Pourtant, des rumeurs alarmantes proviennent de Zurich: Swissair serait au bord du dépôt de bilan, les grandes banques de la place ayant décidé de couper les robinets. A Bruxelles, on refuse pourtant encore d’envisager le pire.

Pourtant, les mauvais présages s’accumulent. Le samedi 29 septembre, soit deux jours seulement avant la date prévue du versement d’une première tranche de capital par les Suisses, Christoph Müller reçoit à 21 heures un coup de fil des plus inquiétants. Il émane de Erik Follet, en charge de l’opérationnel. Ce dernier annonce à Müller que Swissair est en train de préparer dans le plus grand secret une opération de grande envergure de transfert de ses actifs vers sa filiale régionale Crossair. Le sang du patron allemand ne fait qu’un tour. Une réunion de crise est organisée le soir même au 16 rue de la Loi. On y retrouve Christoph Müller et Ferdinand Chaffart mais aussi Luc Coene, chef de cabinet de Guy Verhofstadt, Rik Daems, ministre de tutelle et Charles Louis d’Aremberg, son chef de cabinet.

Au programme: dresser la liste des priorités au cas où Swissair reviendrait sur sa parole. Le lieu choisi pour cette réunion mais aussi pour les suivantes ne relève pas du hasard. Car depuis la fin 2001, la gestion du dossier Sabena échappe à Rik Daems, jugé décidément trop complaisant vis-à-vis des Suisses. A certains moments, on frise le ridicule, le ministre VLD devant lever le doigt... pour prendre la parole.

Dimanche, 30 septembre: Ferdinand Chaffart est formel: “Les Suisses paieront. J’ai mes garanties”, dit-il à ses collaborateurs. Il ne sait pas que Jacques Meyers, l’avocat du gouvernement, a quelques jours plus tôt discrètement informé Verhofstadt et Daems que les Suisses ne paieront pas. Le lundi 1er octobre, c’est donc la douche froide: Swissair dépose le bilan. Le Premier ministre est averti par un simple fax... Pour les observateurs du dossier, il n’y a désormais plus le moindre doute: la Sabena est “cliniquement morte”.

L’annonce venue de Zurich fait l’effet d’une bombe atomique dans le ciel belge, à l’intérieur de l’entreprise mais aussi dans le monde politique. En interne, un haut cadre de la Sabena dresse une photo de Mario Corti auquel il ajoute une petite moustache carrée... Un geste excessif mais qui en dit long sur l’ambiance qui règne alors dans les couloirs de la Sabena et sur l’ampleur du ressentiment vis-à-vis de Swissair. Pourtant, la vision des avions à la croix blanche cloués au sol et la pagaille monstre dans le ciel suisse redonnent du baume au coeur des “opérationnels” de la compagnie belge. Ils y voient comme une revanche.

Mais chez Sabena House, ce concordat de Swissair fait souffler durant deux semaines un vent de panique. Car selon une clause du contrat relatif à l’AMP (Airline Management Partnership, la société commune basée à Londres et mise en place par Sabena et Swissair pour harmoniser les stratégies commerciales et marketing des deux compagnies), si un des deux partenaires bat de l’aile, l’autre est censé reprendre à sa charge l’ensemble du personnel de l’AMP. La Sabena se trouve alors devant la perspective de devoir prendre du jour au lendemain à sa charge 650 personnes supplémentaires! Un terrain d’entente est trouvé avec Swissair: la Sabena évite le crash mais le répit sera de courte durée.

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