Considéré encore fin des années 90- début des années 2000 comme un pur fait de science fiction, le concept de "cyberguerre" effrayait mais ne se traduisait jamais dans les faits. Seulement, voilà, la cybernétique fait désormais partie intégrante des arsenaux militaires déployés par les états en cas de conflits. Ces quelques exemples vous relateront les faits les plus médiatisés, assimilés au concept de cyberguerre depuis l’année 2007.

Le 27 avril 2007, l’Estonie a subi une "cyberguerre" importante mais qui s’est terminée relativement vite. L’origine du litige : une statue retirée. En effet, alors que le gouvernement estonien la considérait comme un symbole révolu de l’ère communiste, les Russes y attribuaient plutôt la victoire de l’Union Soviétique sur le nazisme de 1945. Suite à cet incident diplomatique, qui a provoqué de nombreuses manifestations, la Russie, dont on ne peut toujours pas mettre la responsabilité en cause, aurait bombardé plusieurs sites Internet estoniens. Gouvernementaux ou d’appartenance privée, ces sites ont été infectés de programmes malveillants dans le but de submerger leurs serveurs de les faire planter. Nicolas Arpagian, rédacteur en chef de la revue "Prospective stratégique" et directeur scientifique du cycle "Sécurité Numérique" à l’Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ) à Paris nous explique que "ces "cyberattaques" ont été menées afin de mettre à mal l’activité économique et politique de l’Estonie. Et elles ont provoqué d’importants dégâts, vu la haute numérisation de cet état au niveau administratif, commercial et même électoral".

En 2008, la "cyberguerre" s’est invité dans le conflit russo-géorgien durant la guerre d’Ossétie du Sud. A compter du 8 août, le cyberespace géorgien a été en proie à diverses attaques informatiques qui ont paralysé bon nombre de sites officiels. Parmi ceux-ci, celui du président de l’époque, Mikhaïl Saakachvili), celui du ministère des affaires étrangères, du Parlement, du ministère de la défense, de la banque nationale de Géorgie, du portail d'information Georgia On-Line, du site rustavi2.com de la chaîne GeorgianTV, de sosgeorgia.org, etc. En réponse à ces actes de pirateries informatiques massifs, les autorités géorgiennes ont fuit leurs propres réseaux officiels et ils ont trouvé d’autres hébergement. Ils ont trouvé refuge sur un domaine particulier appartenant à Google ainsi que sur le site du président polonais de l’époque, Lech Kaczinski.

En janvier et février 2009, plusieurs pays de l'UE ont été la cible d'un virus informatique, Conficker, qui a affecté le système d’information de la marine nationale française, allemande et britannique ce qui a "cloué" au sol une grosse partie des forces aériennes de ces pays. En effet, le manque de communication dû à ces "cyberattaques" empêchait toute coordination entre les différents corps armés. Le dernier cas de figure à dénoter est le virus Stuxnet. Ce ver informatique, qui s'immisce dans les systèmes de contrôle des centrales et d'usines, a été conçu pour saboter et endommager les systèmes informatiques en infectant un logiciel Siemens de contrôle des automates industriels. Les experts, à l’unanimité, déclarent ne jamais avoir vu une telle menace dans le monde réel. Sur les 10.000 ordinateurs infectés, près de 60% ont en effet été détectés en Iran, ce qui laisse penser que le pays islamique pourrait bien être la cible privilégiée de cette "cyberattaque". "Même si il est, à ce jour, impossible de déterminer les auteurs de StuxNet, la sophistication de ce virus laisse plutôt augurer un créateur disposant de moyens techniques et économiques importants, comme un Etat", nous confie Mr. Arpagian.

Cette liste, non exhaustive, d’exemples prouve donc que l’actualité internationale est ponctuée de faits se rapportant de près ou de loin au concept de "cyberguerre". Selon notre expert, "l’augmentation de ce phénomène serait dû au fait qu’on se trouve dans une situation où l’état assaillant disposent de tous les avantages moraux et éventuellement techniques de l’attaque sans incomber de responsabilités juridiques".

Durant son sommet les 19 et 20 novembre prochains, à Lisbonne, l’Otan entend souligner à nouveau l’importance de cette nouvelle forme de menace qui redéfinit entièrement les principes de conflits internationaux.