L'abaissement sans précédent de la note de la dette souveraine américaine "n'est pas une sanction, encore moins une punition"', a affirmé samedi Jean-Michel Six, l'économiste en chef pour l'Europe de l'agence Standard & Poor's (SP).

"Il ne s'agit pas d'une sanction, encore moins d'une punition. Nous ne sommes pas des maîtres d'école. Nous émettons des diagnostics qui permettent de comparer la qualité de crédit, autrement dit le niveau de risque des différents instruments qui sont mis sur le marché", a assuré M. Six sur la radio France Info.

SP a retiré vendredi aux Etats-Unis la prestigieuse note "AAA", dont jouissent les émetteurs d'obligations les plus fiables. Cette décision est inédite depuis la création de l'agence de notation en 1941.

Interrogé sur le taux d'endettement américain, M. Six a répondu qu'il n'allait "pas baisser rapidement dans tous les cas de figure (car) vous avez une dette qui dépasse 100% du PIB américain contre 80% en France ou en Allemagne".

"C'est tout de même considérable. Vous ne faites pas baisser un ratio comme cela du jour au lendemain. Il s'agit surtout de mettre en place une stratégie convaincante qui reçoive un certain accord politique. C'est ce qui manque sans doute aujourd'hui dans le paysage politique américain", a ajouté M. Six.

A la question de savoir si les Etats-Unis pourront récupérer la note "AAA", M. Six a assuré que "bien sûr rien n'est fatal. Ce qui va se passer dans les années futures sera absolument décisif".

L'économiste en chef pour l'Europe de SP a rappelé que l'agence avait averti dès le 18 avril qu'elle plaçait les Etats-Unis "dans une perspective négative", signe qu'elle envisageait d'abaisser leur note, "sur un nombre important de facteurs économiques, dont la faiblesse de la reprise américaine, et sur des facteurs plus politiques comme l'efficacité de la prise de décisions, au Congrès en particulier".

SP a ensuite constaté qu'il "y avait une certaine paralysie des institutions américaines face à une montée de l'endettement et surtout face aux mesures qu'il faudrait prendre pour contenir cette montée, voire l'inverser", a expliqué M. Six.

Standard and Poor's a justifié vendredi sa décision coup de tonnerre par le plan, "insuffisant" à ses yeux, de rééquilibrage des finances publiques américaines.

Ce plan a été voté cette semaine par le Congrès pour permettre de relever le plafond de la dette de plus de 14.500 milliards de dollars du pays et lui éviter le défaut de paiement.