La dilution n'est pas très "équitable"

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A. Ma.

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La dilution n'est pas très "équitable"
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Le commerce équitable face aux nouveaux défis commerciaux : évolution des dynamiques d'acteurs : c'est le thème d'une vaste recherche menée par l'UCL et l'ULg depuis 2 ans, dont les conclusions ont été présentées mardi, à l'issue de la Semaine du commerce équitable qui s'est clôturée samedi.

Le constat de départ ? Le commerce équitable a du succès. Depuis 5 ans, le marché européen des produits qui en sont issus a enregistré une hausse en volume de 20 pc par an. De nouveaux acteurs apparaissent; les intermédiaires, les marques, les labels se multiplient et la grande distribution met ces produits à la portée du plus grand nombre. "Cet élargissement est une opportunité, mais c'est aussi un défi", affirme d'entrée de jeu Isabel Yépez, professeur à l'UCL qui a coordonné la recherche avec Marc Mormont, de l'ULg, et le soutien de la Politique scientifique fédérale. Le commerce équitable - qui s'est développé depuis un demi-siècle sur base d'initiatives volontaristes d'ONG qui voulaient commercer de façon solidaire avec les pays du Sud -, c'est un juste prix payé aux petits producteurs du Sud, c'est un système de préfinancement de la production, c'est la porte ouverte à des projets de développement local. "On fait un échange commercial mais autour de cet échange, il y a un projet de développement", .

Aujourd'hui, succès aidant, le secteur du commerce équitable se transforme, se professionnalise, offre des produits plus élaborés. La concurrence fait son apparition. Les acteurs sont de plus en plus nombreux à se réclamer du commerce équitable ou éthique c'est-à-dire davantage porté sur le respect des règles de l'Organisation internationale du travail (OIT) en matière d'horaires, de salaires, etc. Le commerce équitable s'éloigne de plus en plus de ses normes d'origine pour se rapprocher d'un modèle marchand classique plutôt que solidaire. La notion a tendance à se diluer...

Et les chercheurs de recommander, comme le font d'ailleurs depuis un an les acteurs "traditionnels" du secteur comme Oxfam et Max Havelaar, que la notion de commerce équitable soit clarifiée. Ils appellent, dès lors, les pouvoirs publics belges (certaines propositions sont déjà sur la table), européens et internationaux, à intervenir dans le débat pour garantir que les produits étiquetés équitables le soient réellement et respectent les normes mises en place par le secteur. " Il faut renforcer les normes du commerce équitable, conclut Marc Mormont, et mettre en place un système de contrôle pour éviter la dilution de celui-ci." Normalisation juridique ou négociée avec les acteurs concernés ? La question est posée.

Sachant qu'une norme négociée permettrait une meilleure adaptation à la diversité des projets sur le terrain.

© La Libre Belgique 2006

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