Social search". Derrière ce vocable technologique se cache une tendance de fond qui pourrait changer la façon dont nous cherchons l’information sur Internet. Aujourd’hui, cette activité se résume à un seul nom: Google. Depuis son invention dans les années 90, le moteur de recherche créé par Sergei Brin et Larry Page est devenu l’oracle universel que consultent quotidiennement des millions d’internautes sur la planète. Grâce à ses robots indexateurs et à ses algorithmes qui écument et classent sans relâche le contenu du web, Google détient la réponse à tout ou presque.

Car un moteur de recherche reste, avant tout, une machine qui tente d’interpréter le sens des mots sans jamais les comprendre réellement comme peut le faire un être humain. Malgré ses milliers de développeurs qui travaillent à améliorer son agilité analytique, Google reste freiné par cette barrière sémantique qui limite la qualité des résultats délivrés aux utilisateurs. Or, ces derniers sont eux-mêmes devenus des producteurs d’information avec l’émergence des médias sociaux. Il suffit de penser aux succès de plates-formes comme Facebook, YouTube, Twitter, où les internautes partagent vidéos, photos et opinions sur le mode de la confiance mutuelle et de la cooptation. Or, on se fie davantage à un ami qu’à une machine, même quand elle se nomme Google.

D’où cette idée développée dans les laboratoires du géant de Moutain View : pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et recourir aux internautes eux-mêmes pour enrichir les pages de résultats? Voilà pourquoi Google incite désormais les utilisateurs à créer ou enrichir leur profil personnalisé sur son site (www.google.com/profiles). Cette identité numérique décrit non seulement votre portrait-robot (âge, sexe, pays ), mais aussi les différents réseaux sociaux où vous êtes actif. Sur base de ces informations, Google reconstitue ensuite votre "cercle social" et y puise des éléments pertinents en fonction de vos intérêts. Exemple: vous décidez de partir en Grande-Bretagne lors de vos prochaines vacances et vous recherchez en ligne des informations touristiques sur ce pays. Via le "social search", Google vous suggère des photos, vidéos et appréciations de vos amis qui ont déjà visité la perfide Albion à condition, bien entendu, que ceux-ci aient créé leur profil sur Google. Nul doute que cette évolution donnera à nouveau du grain à moudre aux vigies du respect de la vie privée sur Internet.

Pour Google, cette fonctionnalité est aussi une réplique aux réseaux sociaux qui, mois après mois, ne cessent d’augmenter leur audience et de se positionner comme des accès alternatifs à l’information disponible en ligne. Selon Hitwise Intelligence, l’audience américaine de Facebook a, pour la première fois, dépassé celle de Google en mars dernier. Plus proche de nous, une récente étude du cabinet InSites Consulting a révélé que les internautes belges font un usage accru des réseaux sociaux au détriment des moteurs de recherche lorsqu’il s’agit de trouver une idée de sortie pour le week-end. Par ailleurs, l’Internet belge voit actuellement la montée en puissance de communautés à l’échelle locale comme CityPlug ou Le Petit Moutard. Celles-ci ont un commun de faire appel aux internautes pour évaluer la qualité d’un restaurant, d’un coiffeur, d’une plaine de jeux, et de se substituer ainsi au rôle de guide que remplit également Google.

Après avoir indexé le contenu du web, Google se tourne donc vers les utilisateurs pour pallier ses propres faiblesses et rester compétitif face à Facebook et consorts.