Correspondant en Europe du Nord

Elève modèle de la classe européenne, plutôt agitée, la Finlande est le seul pays des 17 de la zone euro à afficher fièrement la note triple A sur son carnet. Une note décernée à l’unanimité des agences de notation, ce qui n’est plus le cas des autres stars économiques européennes que sont l’Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas. A l’instar des autres agences financières, Moody’s a récemment salué la bonne santé de ses finances publiques, les solides réserves d’épargne de ses ménages, la faible exposition de ses banques aux vicissitudes en Europe tout en soulignant les échanges commerciaux limités avec la zone euro frappée par la crise.

Avec une note de crédit aussi prestigieuse, les Finlandais, respectueux de tous leurs engagements internationaux, clament haut et fort qu’ils l’ont méritée au prix d’une discipline de fer et de lourds sacrifices. Ils rappellent que dans un passé, pas si lointain, la jeune république (sortie de 5 siècles sous le giron suédois et russe) était, au début des années 90, en pleine déconfiture après la dislocation de son grand voisin et premier partenaire commercial, l’URSS. Terrassée par la plus grave crise économique de l’après-guerre, la Finlande a réussi à coups de dévaluation de la markka, de cure d’austérité draconienne, à se remettre debout, entrant dans l’UE en 1995 et le premier cercle de la zone euro en 1999. Fort de son statut de bon élève, la Finlande veut donner l’exemple pour amener les autres camarades les plus indisciplinés sur le droit chemin. Pas question d’aider sans conditions les plus mal lotis comme la Grèce ou l’Espagne, assurent les dirigeants d’Helsinki. La ministre des Finances, Jutta Urpilainen, a reconnu que la Finlande maintenait "une ligne dure" face aux plans de sauvetage financier des pays en crise de la zone euro. "Nous voulons bien régler la crise de la dette, mais pas à n’importe quelles conditions", a-t-elle affirmé récemment dans le quotidien "Helsingin Sanomat", justifiant les réticences de son pays envers la décision autorisant le mécanisme européen de stabilité d’acheter des obligations sur le marché secondaire pour aider les Etats en difficulté, estimant que "ce n’était pas une bonne solution".

Recevant le 1er août son homologue italien Mario Monti, le chef du gouvernement d’Helsinski, Jyrki Katainen, a rappelé à son hôte que son pays ne souhaitait pas que les ressources de la zone euro soient utilisées pour racheter une partie de la dette des Etats membres en crise. Intransigeante, la Finlande a exigé et obtenu l’année dernière, lors du 2e plan d’aide à la Grèce, un accord bilatéral avec Athènes lui permettant de récupérer sa contribution financière à ce plan. Elle observe la même ligne avec l’Espagne, réclamant un accord similaire en échange de sa participation au plan de sauvetage des banques espagnoles.

La position inflexible d’Helsinki, si elle suscite des critiques au sein de ses partenaires, est partagée et soutenue par l’opinion publique qui refuse de payer les pots cassés de la gestion économique catastrophique de certains pays du Sud.

L’euroscepticisme gagne du terrain en Finlande, certains Finlandais affirmant que leur pays "n’a pas sa place" dans ce club euro "trop laxiste", et dont certains membres "ne respectent pas les règles". La sortie de l’euro est même envisagée par une frange de la population, mais rejetée par le gouvernement.

Mais le triple A, la marque de confiance dans la Finlande, n’est pas un bâton magique qui efface tous les problèmes. L’économie, touchée par le déclin de son symbole de fierté, Nokia, l’ex-numéro 1 de la téléphonie mobile, a perdu de sa superbe. Le projet de budget 2013 accuse un déficit de 6,6 milliards d’euros et la dette publique atteindrait 95 milliards, même si elle reste en dessous des 50 % du PIB, une situation plutôt enviable comparée à d’autres pays. Et pour la première fois depuis près de 20 ans, le commerce extérieur a été déficitaire en 2011, autant de signes qui montrent que le bon élève n’est pas à l’abri des turbulences de l’activité économique internationale.