Dominique de Villepin a pris tout le monde de vitesse en annonçant dès samedi la fusion entre Suez et Gaz de France (GDF). Entouré du ministre des Finances, Thierry Breton, et des patrons des deux sociétés, Gérard Mestrallet (Suez) et Jean-François Cirelli (GDF), le Premier ministre français s'est toutefois bien gardé de mentionner la menace d'un raid hostile de l'Italien Enel. Anticipant d'éventuelles critiques, il a souligné que les deux groupes discutaient «depuis plusieurs mois».

Les événements se sont toutefois accélérés ces derniers jours. Les conseils d'administration des deux sociétés, convoqués en urgence samedi soir, ont donné leur feu vert à la naissance du premier groupe énergétique européen en termes de chiffre d'affaires (environ 65 milliards d'euros).

Selon certaines sources, c'est Gaz de France, détenu à 80 pc par l'Etat français qui devrait absorber Suez. «Le gouvernement ne veut pas donner l'impression qu'il vend GDF», soulignait un proche du dossier.

Thierry Breton a assuré que «la participation de l'Etat ne sera en aucun cas inférieure à la minorité de blocage, soit 34 pc» dans le nouvel ensemble. La loi actuelle fixe à 70 pc la participation minimum de l'Etat français dans GDF.

Privatisation déguisée

Les syndicats ont très mal accueilli cette opération. Dès samedi, la CGT et la CFDT ont exprimé leur hostilité à ce projet de fusion dans lequel les deux syndicats voient une «privatisation déguisée» de Gaz de France. «Une fusion des deux entreprises ne peut aboutir qu'à diluer la propriété publique», a déclaré la CGT, qui se demande si la menace d'une OPA de l'italien Enel sur Suez n'a pas été utilisée pour justifier ce projet de rapprochement. La CGT a demandé l'ouverture «dès lundi» d'un débat sur les enjeux économiques et financiers de l'avenir du secteur énergétique.

Le premier secrétaire du PS, François Hollande, a lui parlé d' «improvisation» et de «précipitation». «On mécontente les partenaires sociaux, on inquiète nos partenaires européens et on ne satisfait pas la logique industrielle», a dénoncé le numéro un du PS, qui craint une privatisation complète.

Vu les étapes à franchir (changement de la loi, convocation d'assemblées extraordinaire,...), la fusion ne devrait être effective que vers la fin de l'année.

De plus, il faudra résoudre au préalable un certain nombre de problèmes.

Bataille d'ego

Une absorption de Suez par GDF pourrait comporter un risque juridique dans la mesure où un changement de contrôle du groupe donne la possibilité à de nombreuses collectivités locales de dénoncer les contrats de distribution d'eau qui ont été signés.

La question de la direction du nouvel ensemble pourrait également être posée. Le PDG de Suez, Gérard Mestrallet, dont le groupe est plus gros (plus de 43 milliards d'euros de capitalisation contre 29 milliards pour GDF), peut revendiquer le poste d'autant qu'il dirige Suez depuis près de dix ans.

Le président de GDF, Jean-François Cirelli, ancien conseiller du président Chirac et directeur adjoint de cabinet du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin jusqu'à sa nomination à la tête de l'entreprise fin 2004, a, lui, ses entrées au gouvernement. «Il y a une bataille d'ego. Tout cela devrait être arbitré par l'Etat», a-t-on dit de source proche du gouvernement.

© La Libre Belgique 2006