Guy Burton, le directeur général d'Ethias, passe la main après avoir gaffé. Dans une interview publiée vendredi dans le quotidien français "La Tribune", il déclarait qu'Ethias avait besoin de 1,5 milliard d'euros avant le mardi 21 octobre à 10 heures pour renforcer ses fonds propres. Cette sortie a surpris le management de la compagnie d'assurance et le monde politique. L'affaire s'est soldée par le remplacement de Guy Burton par Bernard Thiry, l'actuel directeur aux relations internationales d'Ethias.

"Nous ne comprenons pas les déclarations de Burton , dit un proche du dossier. Elles ne pouvaient avoir qu'une seule conséquence : semer le doute dans l'esprit des clients." Et, effectivement, pendant toute la journée de vendredi, des clients se sont présentés dans les agences d'Ethias pour clôturer leurs comptes, dans la plupart des cas des First (soit des assurances vie de la branche 21, où le capital et le taux sont garantis). Or, "les comptes des clients ne courent aucun danger" , assure Bernard Thiry, le nouveau patron. "Tous nos engagements sont couverts par des actifs sous-jacents amplement suffisants."

Concrètement, la recapitalisation à laquelle Ethias doit procéder est due à la dégradation de la situation sur les marchés financiers. La crise a provoqué une augmentation des moins-values latentes dans le bilan du groupe. En pratique, Ethias a notamment perdu de l'argent à cause de la chute du cours de Bourse de Dexia, dont l'assureur est actionnaire à concurrence de 5 pc. Mais l'assureur possède aussi d'autres actifs dans son bilan. Si la grande majorité sont des obligations étatiques, réputées les plus sûres, il y a aussi, outre certaines actions telles que les titres Dexia, une part d'obligations "corporate". C'est dans ces postes que des moins-values sont apparues. Mais il s'agit de moins-values dites "latentes".

"Pas besoin de 3 milliards"

En clair, la récente hausse des taux obligataires a rendu les obligations nouvelles plus intéressantes que les obligations émises antérieurement. La valeur d'échange de ces dernières sur le marché a donc chuté. Mais à terme, le créancier (Ethias) récupérera bien tout le montant de base, augmenté des intérêts. Des défauts de paiement des émetteurs obligataires sont toujours envisageables mais Ethias explique avoir amoindri ce risque au maximum grâce à la diversification géographique et sectorielle de ses obligations. Reste que l'assureur doit tout de même trouver 1,5 milliard pour couvrir les récentes moins-values sur les autres classes d'actifs. La Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA), déjà échaudée par les cas Fortis et Dexia, a rappelé Ethias à l'ordre afin qu'il reste bien en conformité avec les normes prudentielles. Selon nos informations, la compagnie d'assurance a déjà quasiment trouvé la somme qui lui manque. Le bouclage de l'opération est "imminent", selon une source proche du dossier, qui certifie que ce 1,5 milliard sera "suffisant", tout en reconnaissant qu'il est "nécessaire" .

D'où vient cet argent ? Il devrait en tout cas partiellement venir des Régions wallonne et flamande. "Nous avons été sollicités par Ethias il y a quelques jours. Nous soutenons l'idée de participer à une consolidation. Nous voulons apporter une solution qui doit assurer le développement d'Ethias" , nous a expliqué le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt.

Dans son interview à "La Tribune", Guy Burton évoque un besoin de 3 milliards d'euros à plus long terme. "Cela, c'est de la folie, et je pèse mes mots , a réagi Bernard Thiry. Certes, nous avons évoqué des chiffres intermédiaires, entre 1,5 et 3 milliards. Car n'importe qui serait heureux de trouver davantage que ce dont il a besoin ! Mais nous n'avons pas besoin de 3 milliards d'euros."

Les déclarations de Burton ont aussi irrité le monde politique. Or, Ethias étant très politisée à cause de sa structure mutualiste, la position du directeur général est vite devenue intenable, après cette malencontreuse communication. Ethias réunira son comité administratif lundi. L'objectif est de finaliser le dossier pour mardi.