On l’a vu à certains rayons vides, du côté des pâtes, des conserves, des biscuits, du chocolat, des produits désinfectants. Mais aussi aux allées, tantôt plus, tantôt moins encombrées de consommateurs qu’on pouvait s’y attendre. 

"La grande distribution en Belgique, comme en Europe d’ailleurs, n’est pas préparée à une telle crise”, confirme Pierre-Alexandre Billiet, CEO de Gondola, média spécialisé dans le retail. “Les distributeurs asiatiques et russes le sont bien davantage.” Cela ne veut pas dire qu’ils ne prennent pas des initiatives. Delhaize, par exemple, a élargi les horaires de ses livraisons à domicile au dimanche. Colruyt a dépêché temporairement des employés de son département financier en renfort dans ses magasins. Mais c’est du ponctuel.

Manque d’adaptation à la croissance

Cette impréparation tient à un manque… d’habitude à de telles crises, les précédents coronavirus et autres Sras n’ayant pas impacté l’Europe comme ce nouveau coronavirus. “La dernière grande crise pour la distribution belge, c’était la crise du lait. Le marché n’a pas trouvé de solution, se contentant d’un plan B avec un accord sur le prix du lait. Mais ici, il n’y a pas de plan B.”

Mais c’est surtout le manque d’adaptation à une croissance économique, à un rebond qui, selon lui, risque de faire mal. Quand les ventes de certains produits explosent à court terme (de 50 % sur les pâtes, par exemple, à plus de 500 % sur les gels désinfectants), c’est la débandade. “Ces ventes exponentielles posent des problèmes d’approvisionnement, de qualité, décrit Pierre-Alexandre Billiet. Or, il n’y a rien de pire dans le commerce que les ruptures de stocks, les irrégularités. Les distributeurs asiatiques et russes sont, à l’inverse, préparés à une croissance des ventes.” Pas seulement de celles qui feraient suite à une crise, mais de toutes les ventes, tout simplement parce que leur marché est continuellement en croissance.


Le commerce alimentaire d’Europe s’est adapté à la concurrence, à la concentration du marché, ajoute l’expert. Il agit sur les marges, fait pression sur ses fournisseurs, est dans le ‘just in time’. Mais il n’a aucune résilience. Il n’est absolument plus conçu pour faire face à un changement majeur, que ce soit une hausse ou baisse abrupte des ventes. D’autant plus qu’il est fragilisé par l’impact de l’e-commerce.”

Changements de comportements

Le secteur – comme beaucoup d’autres – n’est pas préparé, conclut le CEO de Gondola, mais le plus grave, c’est qu’il risque de difficilement s’en remettre. Car ce genre de crise peut amener des changements durables de comportements. Les parts de marché perdues seront lentes et chères à récupérer.”

Ceci sans oser évoquer un “lock-down” auquel il juge qu’il faut néanmoins se préparer.

Se préparer au “lockdown”

Plan stratégique. Dans un mail envoyé jeudi à tous ses contacts, la revue Gondola les enjoint à se comment préparer à un éventuel “lockdown” (phase III). À cet effet, elle a planché sur un document de support permettant à chaque retailer de faire face à un choc économique et logistique. 

On y trouve des analyses qui peuvent apporter une aide quant à la chaîne des valeurs, aux marges, à la relation avec les fournisseurs, à l’humain (personnel et consommateur)…, détaille Pierre-Alexandre Billiet, CEO de Gondola. Il s’agit de conseils et d’insights que chacun peut s’approprier afin de créer, améliorer, soutenir son plan stratégique individuel.”