La direction du groupe informatique américain Hewlett-Packard a intensifié son opération "mains propres" en plein milieu du scandale d'espionnage qui secoue le groupe, en annonçant vendredi le départ avec effet immédiat de la présidente du Conseil d'administration Patricia Dunn. L'annonce de cette démission a été faite par le PDG Mark Hurd lors d'une conférence de presse pour s'expliquer sur l'affaire des enquêtes privées visant des administrateurs et des journalistes en 2005.

Le départ de Mme Dunn, qui était prévu en janvier 2007, a ainsi été avancé dans un contexte où cette affaire est en train de remonter jusqu'au Congrès américain moins d'un mois après avoir éclaté au grand jour. "Patricia Dunn a présenté sa démission et nous l'avons acceptée", a déclaré M. Hurd, qui devient par conséquent immédiatement président du Conseil d'administration. M. Hurd n'était censé assumer cette fonction qu'à partir de janvier.

"Elle a fait un travail impressionnant depuis huit ans et nous l'en remercions", a ajouté M. Hurd à propos de celle qui est considérée comme un personnage central dans cette affaire. Mme Dunn a engagé l'an dernier une société de détectives pour identifier l'origine de fuites dans les médias, en janvier 2005, qui portaient sur l'intention du Conseil d'administration de débarquer l'ancienne PDG Carly Fiorina.

Celle-ci, dont la stratégie était vivement contestée, a été "démissionnée" un mois plus tard, et selon Mme Dunn, les fuites aux médias ne pouvaient provenir que d'un administrateur. Les détectives ont eu recours à de fausses identités, notamment pour se procurer des relevés téléphoniques personnels de membres du conseil, mais aussi de journalistes et de cadres du groupe. L'auteur de la fuite a été finalement identifié en la personne de George Keyworth, qui a démissionné du Conseil le 12 septembre.

Mme Dunn a reconnu depuis avoir été "horrifiée" d'apprendre que les détectives avaient utilisé ces techniques, au moment où la Justice de Californie, où HP a son siège à Palo Alto, et la justice fédérale annonçaient leur intention de vouloir poursuivre le groupe pour ces pratiques. "Les écoutes illégales de membres du Conseil d'administration sont des techniques inappropriées qui n'ont pas leur place au sein de HP", a pour sa part insisté Mark Hurd vendredi, ajoutant que "cela ne fait pas partie de l'éthique du groupe" et que "les employés de HP ne méritent pas cela".

Mark Hurd, qui joue sa crédibilité alors que les marchés commencent à s'interroger sur son degré d'implication dans cette affaire, a aussi souligné qu'il prenait la responsabilité de tirer au clair "une histoire dont nous n'avons pas encore tous les éléments et qui est de plus en plus complexe".

Le PDG a reconnu ne pas avoir lu le rapport d'une enquête interne sur le sujet. "Je le regrette", a-t-il dit. Il a aussi présenté au nom du groupe ses "sincères excuses aux journalistes et à tous ceux qui ont souffert de ces écoutes". Cette opération "transparence", selon les propres mots du PDG, intervient alors que le groupe avait annoncé le 12 septembre un départ en douceur de Mme Dunn, fixé alors à janvier.

Depuis, l'action a commencé à souffrir en Bourse de cette affaire, tandis que le gendarme boursier a demandé à HP plus d'explications sur la démission brutale en mai d'un autre administrateur, Thomas Perkins. Dans la même volonté d'apaisement, Mark Hurd avait proposé jeudi de témoigner spontanément devant une commission du Congrès américain qui a convoqué une audition pour le 28 septembre.

Au cours de cette audition, plusieurs responsables de HP doivent être entendus ainsi que le président de la société de détectives engagée par Mme Dunn. Il n'a pas été précisé vendredi si Mme Dunn témoignerait finalement, maintenant qu'elle n'est plus présidente du Conseil d'administration.