Après la Commission européenne (CE) qui a condamné Ryanair en février 2004 à rembourser une partie des aides publiques obtenues lors de son installation à Charleroi, la compagnie aérienne low cost est rattrapée par la justice belge. Elle veut entendre les dirigeants de la compagnie (Michael Cawley et Bernard Berger, respectivement numéros 2 et 3 de Ryanair) à propos de flux financiers liés Promocy, la société commune de promotion de l'aéroport carolo et de Ryanair.

Le dossier Promocy n'est pas neuf et la demande du commissaire en chef, M. Tasiaux, est le résultat d'investigations entamées depuis quelques mois. C'est la juge d'instruction France Baeckeland (dossier de la Carolorégienne) qui est en charge du dossier. Le ministre wallon André Antoine (CDH) avait évoqué le dossier Promocy il y a quelques jours («LLB» du 15/11). Le dossier a été mis à l'information en octobre 2004 et à l'instruction en mars 2005 avec des préventions de faux, usage de faux et abus de biens sociaux. La justice soupçonne aussi des avantages de BSCA à Promocy. La RTBF et la presse écrite («Le Soir magazine», «La Meuse», «La Nouvelle Gazette») ont repris l'information hier avec une certaine amplification.

Convoqués début décembre

A côté des détails (connus) du contrat qui lie la Région wallonne à Ryanair (et qui a été décortiqué par la CE), ils révélaient la demande faite par la justice belge aux deux responsables de la compagnie irlandaise (MM. Cawley et Berger) de venir expliquer le montage Promocy. Les deux dirigeants convoqués en sont respectivement administrateur délégué et administrateur. Les deux autres administrateurs, Laurent Jossart (patron de BSCA, gestionnaire de l'aéroport) et Pierre Fernemont (porte-parole), respectivement président et administrateur de Promocy, ont longuement été entendus en mai. Et c'est par l'entremise de M.Jossart que le commissaire Tasiaux a convoqué les 2 dirigeants de Ryanair. Ils sont convoqués entre les 5 et 9 décembre.

Créée pour promouvoir l'aéroport et la compagnie Ryanair, Promocy est financée par ses deux actionnaires, qui lui versent chacun 4 euros par passager embarquant. Elle fonctionne depuis avril 2001, l'Europe a réduit la durée de vie du contrat de 15 à 5 ans, donc il arrive à expiration l'année prochaine.

L'annexe à la convention des actionnaires indique que Promocy assurera notamment les dépenses liées au coût des liaisons avec le site Internet de Ryanair ainsi que celles des «publicités à Londres, Shannon, Glasgow, en Italie, en France, à Charleroi, en Belgique et en Hollande ainsi que dans tout pays dans lequel Ryanair ouvre une nouvelle ligne à partir et vers Charleroi». Ryanair peut passer des commandes pour des opérations publicitaires (visant à promouvoir l'aéroport carolo) et présenter la facture à Promocy pour être remboursée dans les 8 jours ouvrables.

Charleroi paie les bas tarifs

Promocy a un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros, qui financent les connexions au site Internet de Ryanair (environ 2,5 millions) et les billets gratuits de Ryanair à raison de 30 pc (3 millions d'euros). Le reste est affecté à la publicité. «Le dossier judiciaire ne nous réjouit pas mais la justice doit faire son travail. Pour nous, tout est transparent chez Promocy», dit Laurent Jossart. Mais il reconnaît avoir constaté des lacunes dans le suivi administratif des dossiers lors de son arrivée en 2002. Il y avait des notes de crédit et des arriérés de TVA qui ont dû être régularisés. Il a aussi reconnu que Promocy n'a pas de personnel. «Ryanair prépare un plan de marketing qui est discuté et validé par les administrateurs. C'est son personnel qui le réalise et il le fait bien», dit M. Jossart.

Pour Ryanair, le dossier Promocy «est une histoire réchauffée». Elle indique qu'elle coopérera avec la justice et qu'elle est confiante que l'enquête «prendra fin dès que les autorités auront pris connaissance des faits». L'ex-ministre wallon Serge Kubla (MR), pointé du doigt pour avoir signé le contrat Ryanair, soutient quant à lui que «les faits soupçonnés par la justice n'ont rien à voir avec le contrat. Avec ce catastrophisme rétroactif, je me demande si la Wallonie est encore capable de prendre des risques».

© La Libre Belgique 2005