Correspondant en Allemagne

L'Allemagne est le premier grand pays européen ayant complètement libéralisé le marché postal : le monopole de la Deutsche Post pour le courrier de moins de 50 grammes est, en effet, tombé début janvier. La question âprement discutée est de savoir s'il s'agit oui ou non d'une opération "bidon". C'est qu'à la mi-décembre le Bundestag a indirectement saboté la libéralisation en approuvant pour les facteurs un salaire minimum fort élevé de 9 euros par heure en ex-RDA et de 9,80 euros en Allemagne de l'Ouest. Cela est beaucoup plus que les 7,50 euros que la confédération syndicale DGB exige pour l'ensemble des secteurs d'activité.

Les entreprises rivales de la Post ont essayé en vain de conclure une convention collective avec des salaires plus bas. Le grand concurrent hollandais TNT a alors gelé provisoirement ses plans d'expansion dans le courrier. Pin est encore plus mal en point : son grand actionnaire, le groupe de presse Springer, lui a coupé les vivres et Pin a été obligé de licencier plus de 1 000 employés.

Mais il faut bien voir dans ces mesures des réactions destinées à impressionner l'opinion. Car de nombreux professionnels louent la libéralisation. Le consultant Capgemini croit qu'à moyen terme les concurrents privés vont accaparer 20 pc du courrier dans un marché aux marges toujours alléchantes. Matthias Kurth, président de l'Agence fédérale des réseaux (l'autorité de tutelle pour la poste, les télécoms, la distribution d'énergie, etc.), estime qu'il n'y a "pas lieu de broyer du noir et qu'avec des solutions flexibles et des concepts innovateurs, la concurrence se développera" .

Rude compétition

Klaus Zumwinkel, depuis 1990 patron de la Deutsche Post, est soulagé d'avoir écarté le danger de "salaires de dumping" qui, disait-il, menaçaient 32 000 postes de facteurs dans le groupe, mais il s'attend néanmoins à une rude compétition. "La libéralisation est une grande césure; le Japon et les autres pays nous observent de très près et vont suivre. La Deutsche Post a déjà perdu 10 pc de parts de marché. La concurrence existe et elle va s'amplifier. Nous lutterons jusqu'à la dernière goutte de sang" , a-t-il déclaré, très combatif, dans une interview à la radio DLF.

Il faut bien savoir que 80 pc du marché postal allemand d'un volume de 24 milliards d'euros étaient déjà libéralisés. Sur le créneau des colis postaux, DHL, filiale de la Deutsche Post, affronte de puissants rivaux comme TNT, Hermes, Fedex, DPD et UPS. Contrairement à ce qui s'était passé dans les années 90 avec le téléphone, il n'y aura pas de "big bang". Depuis 2003, la Post maintient inchangés ses prix du courrier pour les particuliers et elle ne les abaissera pas maintenant; en revanche, pour les gros clients elle a introduit des prix de combat auxquels les concurrents vont devoir réagir.