Étonnant rétropédalage de l'influent réseau social de Mark Zuckerberg: la vidéo de décapitation d'une femme à Mexico, supprimée en mai suite aux nombreuses plaintes des utilisateurs, est à nouveau visible sur Facebook. Et démontre la toute puissance dont jouit Mark Zuckerberg et ses compères sur son site. Une toute puissance qui dérange.

Rappel des faits: en mai dernier, des vidéos circulant sur Facebook dévoilant des exécutions sanglantes sont dénoncées par de nombreux utilisateurs du réseau et associations, invoquant que " de telles images peuvent causer des dommages psychologiques à long terme ", comme le rappelle Slate.fr. Des associations qui ne manquent pas de rappeler que de surcroît, le site au milliard d'utilisateurs est accessible officiellement dès 13 ans, "une limite d'âge facilement contournable" . "Il suffit de quelques secondes d’exposition à de telles images pour laisser une trace indélébile, et particulièrement dans l’esprit de jeunes personnes", rappelle à la BBC le psychologue Arthur Cassidy.


Facebook, terreau de la liberté d'expression et du débat?

Sous la pression, Facebook décide de retirer ces vidéos choquantes. Une décision qui ne durera que quelques mois puisque la vidéo d'exécution d'une jeune femme réapparaît sur le réseau et que cette fois-ci "l’entreprise refuse de retirer une page montrant une vidéo d’un homme masqué tuant une femme" explique un utilisateur. Intitulée  "Challenge: Anybody can watch this video?" ( Défi: n’importe qui peut regarder cette vidéo? ), la vidéo a déjà été vue des milliers de fois.

Tollé sur la toile. À quoi joue Facebook? Le réseau agace, notamment dans les milieux de défense de la liberté d'expression, comme le groupe français la Quadrature du Net: " Cela montre combien Facebook a le pouvoir de décider ce qui sera ou non publié sur son réseau. [...] Seule une autorité judiciaire devrait être autorisée à restreindre de libertés fondamentales d’après la loi."

Le Premier ministre britannique David Cameron lui, va jusqu'à qualifier la décision de Facebook "d'irresponsable" . Il demande aux dirigeants du site "d'expliquer leurs actions aux parents inquiets" devant ces scènes de décapitation diffusées "sans avertissement ".

Facebook, justement, justifie ses actions en estimant que "Facebook a toujours été un endroit vers lequel les gens se tournent pour partager leurs expériences, et notamment lorsqu’elles sont liées à des événements controversés sur le terrain, comme des violations des droits de l’homme, des actes terroristes ou d’autres événements violents. Les gens partagent les vidéos de ces événements sur Facebook pour les condamner. Si elles en faisaient l’apologie, ou encourageaient de telles actions, notre approche serait différente."


Le puritanisme américain plane sur le réseau

Il apparaît pour beaucoup assez hypocrite de la part de Facebook de sortir la carte liberté d'expression de son jeu quand il s'agit de vidéos violentes, alors que le site apparaît intransigeant, voire allant jusqu'à la censure, lorsque la nudité pointe le bout de son nez dénudé. Le spectre du paradoxal puritanisme américain plane au-dessus de vos profils . 

En effet, il semblerait que le réseau n'ait pu échapper à l'illogisme américain en matière de censure et de liberté d'expression. L'exposition à la violence aux USA, que ce soit à la télévision, au cinéma ou dans les jeux vidéo est largement cautionnée, alors que la société américaine s'insurge sitôt qu'un téton apparaît ou qu'un fuck bien senti ne s'échappe de la bouche d'une célébrité.

Ainsi sur Facebook, la nudité est surveillée et sanctionnée de manière très rigoureuse, quitte à se tromper... Qu'il s'agisse du sexe d'animaux amusants, ou d'art, comme quand le site Atlantico.fr avait été censuré après avoir exposé sur sa page "L'Origine du monde", le chef-d'oeuvre de Gustave Courbet, représentant en gros plan le sexe féminin.

Pour répondre aux mécontents, Facebook envisage de développer de nouveaux outils, "et notamment des alertes pour prévenir que des contenus peuvent être violents" . Affaire à suivre.