Pendant 30 ans, le développement commercial a été quasiment étranglé en Belgique par la fameuse loi cadenas du 29 juin 1975. Le 1 éme r mars 2005, elle était remplacée par une nouvelle loi socio-économique, baptisée «loi Ikea». Un nom qu'elle porte assez mal puisqu'elle n'a nullement facilité l'implantation du géant suédois à Anderlecht, ce cas-là relevant encore de la loi cadenas.

Qu'importe... En gros, la «loi Ikea» diminue la durée de la procédure, élargit les possibilités de recours des demandeurs mais, surtout, accorde la décision finale aux communes, l'avis du Comité socio-économique, anciennement contraignant, n'étant plus que consultatif.

A l'époque de sa rédaction, certains prédisaient que les communes allaient s'arracher les grandes surfaces commerciales. Après un an de service, la Fedis (Fédération des entreprises de distribution) et l'Unizo (l'union des classes moyennes flamandes) prouvent, chiffres à l'appui, qu'ils avaient raison.

«Depuis le 1 éme r mars 2005, les communes belges ont accordé des permis pour 424 396 m2 de magasins, soit l'équivalent de 120 terrains de football», affirme l'Unizo. Sur les 485 dossiers traités au cours de l'année écoulée par le comité socio-économique national pour la distribution (CSEND), explique pour sa part la Fedis, 79 pc ont reçu un avis positif. A titre de comparaison, en 2004, 422 dossiers ont été soumis à l'aval du Comité, dont 76 pc ont été reçus favorablement. En 2003, 354 dossiers ont été traités, dont 68 pc acquis.

Selon l'Unizo, les communes ne sont pas suffisamment armées pour répondre aux demandes de façon compétente. L'organisation plaide donc pour la désignation d'experts qui pourraient les assister dans leur travail, voire même pour la régionalisation de la compétence. Ce à quoi la Fedis s'oppose, préférant que l'oeil fédéral reste ouvert sur la matière, «les zones de chalandise effectives de très nombreux magasins s'étendant au-delà de la région où ils sont établis».

Au cours d'un séminaire immobilier qui s'est tenu mardi sur les implantations commerciales, les participants ont convenu en choeur que la «loi Ikea» avait clairement montré ses limites, les enjeux commerciaux dépassant largement l'échelle territoriale communale. Charles Picqué, ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale, présent au titre d'orateur n'a pas caché qu'une régionalisation de loi en 2007 était de l'ordre du possible.

© La Libre Belgique 2006