La première version de notre Baromètre Mobilité avec l’UCM ne laisse planer aucun doute… Il y a du boulot.

Ca-ta-stro-phique. Quatre syllabes, trois Régions, deux minutes de silence pour UN problème de classe mondiale : la mobilité en Belgique. La première version de notre Baromètre de mobilité réalisé en collaboration avec l’Union des classes moyennes (UCM), sur lequel nous ferons régulièrement un état des lieux, ne laisse planer aucun doute. La mobilité, qui alimente les discussions de tout un chacun tous les jours, représente une perte de temps et d’argent qui, aujourd’hui, dépasse pour beaucoup l’entendement. Quatre sondés sur cinq jugent la situation "déplorable", en somme.

1. D’où vient le problème ?

Lasagne institutionnelle, manque de communication entre les différents acteurs concernés, spécialement au sein du comité de concertation, déresponsabilisation des usagers, qui continuent de voir (parfois légitimement mais pas toujours) la voiture comme le seul mode de transport valable, déficit d’offre d’alternatives valables à la voiture, précisément… "Les raisons ne manquent pas pour expliquer l’état de délabrement de notre ‘mobilité’au sens large", résumé Clarisse Ramakers, cheffe du service d’études de l’UCM.

De fait, c’est ce que montrent aussi les résultats du baromètre, et le manque d’investissements chroniques dans notre réseau d’infrastructures n’a évidemment pas contribué à changer la donne. "La Belgique investit en moyenne 0,6 % de son PIB, contre 1 % en moyenne au sein des 28 membres de l’UE, selon Eurostat", rappelle-t-on du côté du côté du cabinet du ministre François Bellot (MR). Le problème de la mobilité, à l’instar de la population belge et du nombre d’usagers, n’a eu cesse de prendre de la hauteur.

Clarisse Ramakers, cheffe du service d'études de l'UCM © DR
2. Quel est le coût de l’immobilité en Belgique ?

Ces quelques explications ne sont pas restées sans conséquences. Les coûts directs (le coût du travail jeté par les fenêtres) et indirects (santé, surtout) ne sont pas minces. Pas mal d’études ont été réalisées ces dernières années, dont la moins tonitruante ne fut certainement pas celle de l’Organisation pour le commerce et le développement économique (OCDE), en mai 2013. Pour faire simple, le coût de la congestion oscille entre 1 et 2 % du PIB, soit entre 4,5 et 9 milliards d’euros actuellement. Soit environ 400 euros de coût par habitant. Selon le professeur Sven Maerivoet, de la KULeuven, le coût de la congestion varierait, en Belgique, de 0,6 à 3 millions d’euros par jour, soit entre 200 millions et 1 milliard d’euros par an (année de référence 2015). Et c’est sans rappeler les problèmes de santé que cela provoque, et qui ont été circonscrits dans une récente étude de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui estimait à 500 000 morts provoquées par la pollution de l’air, surtout dans les grandes villes, pour la région européenne.

En 2013, l’OCDE résumait le problème de la manière suivante : "Malgré les réseaux relativement denses de routes et de voies ferrées, les encombrements demeurent un problème de taille autour des grandes villes et sont coûteux pour l’économie, l’environnement et la santé. Dans les temps à venir, le système devra évoluer pour satisfaire de nouvelles exigences. Or, la sélection efficace des nouveaux projets est entravée par l’absence de plan national d’infrastructures et la sous-utilisation des analyses coûts-avantages. Les subventions au transport routier aggravent les encombrements et, dans le cas du gazole, contribuent à la pollution atmosphérique. En outre, les subventions implicites inhérentes aux obligations de service public (OSP) imposées aux prestataires de services de transport sont une source de coûts importants mais opaques. La stratégie de subventionnement des services ferroviaires n’a pas permis de résoudre les problèmes d’encombrements, du fait de l’absence de signaux de prix qui permettraient d’étaler dans le temps les pics d’utilisation des routes et des transports publics." Ce joli résumé date d’il y a 6 ans. Rien n’a véritablement changé, même si on sent ici et là des frémissements d’ébauches de solutions…

Charlie Tchinda, coordinateur des études à l'UCM © DR
3. Quelles solutions ?

"Le manque d’investissements dans les infrastructures est évident mais l’absence d’une réelle coordination entre les différents acteurs pour trouver des solutions intermodales, surtout en périphérie des grandes villes et dans les zonings, est un vrai souci. Et je ne le nie pas, on a tous notre part de responsabilité là-dedans", lance Charlie Tchinda, du service d’études de l’UCM.

"C’est sûr que cela pourrait être mieux coordonné, acquiesce Samuel Saelens, expert "mobilité", mais, pour moi, ce n’est pas tellement un problème d’investissements. En termes de passagers transportés, la Belgique est même plutôt bien classée au niveau européen. Nos sociétés de transport public ne sont pas mal dotées. Un ensemble de solutions permettra réellement de mettre un terme à nos difficultés en termes de mobilité mais, pour moi, la priorité, c’est le prélèvement au kilomètre". Assiette plus large en termes d’imposition (aux véhicules venant de l’étranger) et responsabilisation des usagers, sans que ça coûte véritablement plus cher à l’utilisateur qui a véritablement besoin de sa voiture, voilà pour le volet argumentatif. "La vision interfédérale de la mobilité, avec une perspective claire et, à long terme, avec un réel engagement de réalisation et, par conséquent, avec les investissements nécessaires qui en découlent nous semble primordiale, estime, pour sa part, Eloïse de Villegas, conseillère à la FEB (Fédération des entreprises de Belgique). Mais, bien sûr, ce n’est pas une mesure, mais un ensemble de mesures qui permettra de résoudre le problème de la mobilité", conclut-elle.

Face à cet enjeu, le thème de la mobilité ‘vit’. Et comme la technologie est, elle aussi, de plus en plus au service de cette problématique, tous les espoirs sont permis. Patience, en toutes choses (et pas seulement dans les embouteillages), est mère de toutes les vertus.