Peu d’industries peuvent se targuer d’avoir enregistré des taux de croissance à deux chiffres en 2008. C’est pourtant le cas du secteur belge de la vente de musique en ligne (Internet, téléphones portables, etc.). En pleine expansion, ces dernières années, cette nouvelle forme de consommation musicale a progressé l’année dernière de 22,8 pc, atteignant un chiffre d’affaires global de 18,88 millions d’euros.

Si on se limite aux seuls téléchargements via Internet, la croissance atteint même 26 pc. "En 2008, indique la Belgian Entertainment Association (BEA) , les amateurs belges de musique ont acheté 5,7 millions de singles et 480 000 albums en format digital, générant ainsi un chiffre d’affaires de 11,5 millions d’euros." Ces chiffres demeurent relativement faibles au regard de la consommation globale de musique en Belgique. La part du marché digital en Belgique (aux environs de 10 pc) reste, en effet, assez nettement inférieure à la moyenne mondiale (20 pc) et même largement inférieure en comparaison aux Etats-Unis (39 pc) ou au Japon (19 pc).

Le bilan positif de la BEA, qui représente l’industrie belge de la musique, de la vidéo et des jeux vidéo, est, en outre, terni par la vague persistante des téléchargements illégaux, véritable bête noire du secteur. Se référant à un rapport publié en fin de semaine par l’Ifpi (Fédération internationale de l’industrie de la musique), quelque 95 pc du marché digital est illégal ! Le manque à gagner est donc considérable, avec un impact direct sur les investissements et le développement de la filière musicale.

Pour illustrer les ravages de la consommation illégale de musique en Belgique, la BEA a fait comptabiliser durant deux mois, fin 2008, les téléchargements illégaux du nouvel album du groupe Novastar. Il en ressort que l’album a, en moyenne, été téléchargé au moins 100 fois par jour. "Quatre-vingts pour cent des téléchargements sont donc illégaux", souligne la BEA. La conséquence directe est que Novastar n’est rémunéré que pour un album sur cinq téléchargés. Une constatation pénible à faire, à la fois pour EMI (le producteur de Novastar) et l’artiste.

Appel à la collaboration

La BEA estime que, pour assurer l’avenir du marché digital du divertissement, il est essentiel qu’à la fois les secteurs du divertissement, de la télécommunication et de la technologie collaborent afin de développer l’offre légale que le consommateur peut se procurer en toute sécurité, et faire face à l’offre illégale de musique, films et jeux vidéo. A cette fin, la BEA estime que c’est aux autorités belges de créer le cadre légal pour faciliter cette collaboration.

L’association rappelle que plusieurs pays ont déjà montré la voie à suivre. En Grande-Bretagne, notamment, les six principaux fournisseurs Internet ont signé un accord avec l’industrie de la musique et du film afin de combattre conjointement l’offre illégale de films et de musique. "Nous attendons également des autorités belges un signal clair quant à la nécessité d’une telle collaboration" , estime Olivier Maeterlinck, directeur général de la BEA.