Source de l’ire des organisations syndicales, le programme de réorganisation de services de La Poste est largement dicté par la nécessité, pour l’entreprise publique, de se mettre en ordre de bataille avant la libéralisation totale du marché européen. Marché qui, selon les estimations de la Commission européenne, traite annuellement quelque 135 milliards d’envois pour un chiffre d’affaires de 90 milliards d’euros, générés aux deux tiers par les services de courrier.

Fixée au 1er janvier 2011, sauf pour la dizaine d’Etats membres qui ont obtenu une dérogation de deux ans (voir infographie), l’ouverture complète des services postaux à la concurrence parachèvera un processus entamé en 1997. Le postulat de base est que la concurrence de plusieurs acteurs conduira à des services moins chers, plus efficaces, et aptes à faire face, notamment, à la concurrence du courrier électronique.

Depuis douze ans, donc, les "domaines réservés" des opérateurs historiques nationaux ont été progressivement réduits, de la perte du monopole sur les envois de plus de 350 grammes en 1997 à celui sur ceux de moins de 100 grammes en 2006.

Enfin, la dernière barrière, celle des envois de moins de 50 grammes sera levée en 2011 - ou en 2013 pour la Grèce, le Luxembourg, et neuf des douze nouveaux Etats membres. Cette dernière proposition de la Commission a été adoptée tant par le Conseil et par le Parlement européen. Pour certains Etats membres, dont la Belgique, la pilule a été difficile à avaler. La directive de 2008 prévoit que chaque Etat doit fournir à ces citoyens un service universel performant et abordable. D’aucuns craignent qu’il soit compliqué d’atteindre cet objectif, à plus fortes raisons que les concurrents privés risquent de s’accaparer les marchés les plus rentables, laissant le sale (et coûteux) boulot à l’opérateur historique. Et le compromis obtenu sur le financement du service universel - assuré, au choix, par des subventions publiques (!) ou le système du "concurrent payeur", basés sur le calcul du coût net - n’a pas levé toutes les inquiétudes.

Cinq pays, cependant, ont déjà devancé l’appel de 2011 : la Suède (1993), la Finlande (1994), le Royaume-Uni en (2006), les Pays-Bas et l’Allemagne (2008). Et ça marche ? Selon son PDG, la Royal Mail britannique est passée du déficit au profit en trois ans. Coût social : 55 000 emplois. Aux Pays-Bas, la TNT-Post, elle aussi en bénéfice, a licencié près de 10 000 personnes, tandis que ses concurrents emploient des indépendants payés trois à quatre fois moins chers. En Suède, des 105 (!) opérateurs qui occupaient le marché en 1997, ne reste que le public Posten AB et le privé City Mail qui ne couvre que les zones rentables, à forte densité de population. Résultat : Posten AB a augmenté ses tarifs et fermé 50pc de ses bureaux pour faire face à la concurrence. Quant à l’Allemagne, l’instauration du salaire minimum pour les facteurs a été dénoncée par les concurrents étrangers, dont TNT-Post, comme une manœuvre protectionniste.