J-325 ! Les yeux braqués sur le décompte des jours qui séparent La Poste de l’ouverture complète du marché européen des services postaux à la concurrence (au 1er janvier 2011, le monopole public sur le "petit courrier" aura définitivement vécu), Johnny Thijs alterne les propos rassurants et conquérants, le tout en maintenant la pression sur ses troupes. "Serons-nous prêts pour l’échéance de 2011 ? Oui, je le crois. Mais nous allons devoir poursuivre l’immense travail fourni depuis 2002 (NdlR : année de l’arrivée de M. Thijs à la direction de La Poste). La modernisation de l’entreprise ne s’arrêtera jamais", a résumé l’administrateur délégué du groupe semi-public à l’occasion de la présentation, hier, des résultats 2009.

Si on en juge par ces résultats, le patron du groupe postal - contrôlé par l’Etat belge (50,1 %) et le fonds d’investissement CVC (49,9 %) - a toutes les raisons de se réjouir. Sur le plan strictement financier, La Poste n’a en effet pas connu la crise ! "Nos résultats sont excellents comparativement aux opérateurs postaux à l’étranger", insiste Johnny Thijs. L’Ebitda (revenus avant intérêts, impôts, amortissements et provisions) s’est élevé en 2009 à quelque 342 millions d’euros, en croissance de 9,3 % par rapport à 2008. L’Ebit (résultat opérationnel) suit la même courbe ascendante (+8,2%, à 240 millions).

Ces performances financières sont d’autant plus remarquables qu’avec la crise économique, La Poste a souffert d’un recul de son chiffre d’affaires, qui a régressé de 0,8 % à 2,244 milliards d’euros. La raison majeure de cette baisse de régime réside dans une dégradation accélérée des volumes de courrier (-4 %, alors que la perte était restée contenue entre -0,1 % et -2 % ces quatre dernières années). M. Thijs pointe l’effet conjoncturel (même si le mois de décembre a été très porteur), mais aussi l’accélération de la "substitution électronique", à savoir le recours croissant aux moyens de communication électronique. La Poste a pu néanmoins limiter la casse en compensant le recul des volumes par une augmentation des prix au début de l’année dernière. Il n’en demeure pas moins que, interrogé sur l’arrivée de concurrents sur le segment du "petit courrier" dès 2011 (lire ci-dessous), Johnny Thijs a cette réponse qui en dit long : "Notre concurrent le plus redoutable, c’est Internet ! Je n’ai pas d’armes solides pour le combattre, si ce n’est des lettres bien écrites "

La bonne santé financière de La Poste tient, à l’évidence, aux effets engendrés par les multiples chantiers menés en interne et dans une gestion très stricte des coûts opérationnels. Dès les premiers signes de la crise, l’état-major avait enclenché un plan d’économies supplémentaires (35 millions d’euros). Par ailleurs, La Poste a poursuivi tambour battant le vaste chantier de réorganisation de son réseau de vente (substitution de Points Poste aux bureaux traditionnels). Sur le plan des effectifs, les départs naturels ont permis de ramener le nombre de collaborateurs sous la barre des 30 000 équivalents temps plein. Résultat : les dépenses globales de l’entreprise ont été comprimées à 2,003 milliards d’euros (contre 2,041 milliards en 2008).

Le mouvement se poursuivra en 2010, avertit Johnny Thijs. "Notre objectif est d’avoir des résultats opérationnels meilleurs qu’en 2009 ou au moins identiques, et d’enrayer le recul du chiffre d’affaires en dépit des baisses de volume structurelles." Le personnel peut donc s’attendre à devoir faire de nouvelles économies, lesquelles se traduiront principalement par l’entrée en service de quelque 2 000 "agents auxiliaires" (ex-facteurs de quartier) d’ici la fin de l’année - des agents engagés sous contrat à durée indéterminée mais moins bien rémunérés que les facteurs traditionnels - et le départ naturel de "1 000 à 1 500" collaborateurs.