Déverrouiller votre smartphone en plaçant votre visage devant votre écran, c’est une pratique que vous connaissez sans doute. Peut-être même que vous êtes adepte de la technique. 

Aux Etats-Unis, des chercheurs se sont intéressés à ces images ainsi stockées, mais également celles qui le sont via d’autres canaux, comme les caméras de surveillance placées un peu partout dans les rues du pays, dans les restaurants, les campus universitaires mais également via les réseaux sociaux que nous sommes nombreux à utiliser. 
  
Bien qu'il n'existe pas de décompte précis des ensembles de données, les activistes de la protection de la vie privée américains ont repéré les référentiels construits notamment par Microsoft et l'Université de Stanford avec un contenant plus de 10 millions d'images… 

Non, vos photos ne sont pas collectées en vue de préparer un album de famille. Selon les chercheurs américains à la base de cette étude, la compilation de visages est motivée par la course à la création de systèmes de reconnaissance faciale de pointe. Cette technologie apprend à identifier les personnes à l'aide d'images numériques au moyen de "réseaux de neurones", qui sont des systèmes mathématiques complexes nécessitant de grandes quantités de données pour permettre la reconnaissance des formes. 
Pourquoi ? Pour mieux vous cibler et vous proposer des produits « à votre image ». 

Des visages qui intéressent pour mieux cibler les publicités 

Selon les rapports de recherche, les géants de la technologie tels que Facebook et Google ont très probablement amassé les plus grands ensembles de données de visage, qu'ils ne distribuent pas. Mais l’objectif de ces deux géants d’Internet est clair : cibler les publicités alors qu’ils accaparent une très large part du marché mondial de la publicité digitale. Le marché mondial de la publicité digitale est estimé par Magna (IPG Mediabrands) à 300 milliards de dollars, soit la moitié des dépenses totales des annonceurs. Les GAFA - Google Facebook et Amazon en tête - s’en octroient les trois quarts.

En 2017, le site spécialisé SearchEnginePeople, rapportait que Facebook et Google avaient battu des records générant, à eux seuls, 63% de tous les revenus publicitaires en ligne.

Dans le détail, Google Adwords avait généré, à l’époque, près de 35 milliards de dollars de recettes publicitaires rien qu’aux USA. Des chiffes qui augmentent d’année en année…

Et vos images, on en fait quoi après ?

Bien que les objectifs soient publicitaires la gestion de données de ces réseaux sociaux en quasi monopole pose question, notamment en termes de respect de la vie privé et de régulation des propos haineux. 
En juin dernier, lors du festival international de la publicité (qui se tenait à Cannes) Google et Facebook ont d’ailleurs annoncé, avec Twitter, qu’ils noueraient une sorte d’alliance avec les plus grands groupes mondiaux de la communication, comme WPP ou Publicis (partenaire de la banque BNP Paribas Fortis par exemple), et des annonceurs comme Procter & Gamble ou Unilever. Objectif ; "rapidement améliorer la sécurité digitale"de leur plateforme. Mais les Etats-Unis n’ont pas le monopole de cette collecte d’images. 

D’autres pays en sont friands comme l'Australie, la Chine, l'Inde, Singapour et la Suisse. Officiellement, ces collectes sont utilisées pour des travaux liés à l’intelligence artificielle. C’est du moins ce que révèlent des universitaires, des activistes et des journaux des pays respectifs… 
Une information à relativiser surtout quand on devine le poids économique de ces images mais également leur utilité dans des pays où la frontière entre maintien de la sécurité et respect des droits fondamentaux est de plus en plus fragile...