La société belge Radionomy a pris une place prépondérante dans la radio en ligne.


Pour comprendre le modèle économique de la radio en ligne, il faut, nous explique Alexandre Saboundjian, le patron de Radionomy, comprendre celui des radios FM… “Ici, un éditeur de radio dispose de deux modèles : s’alimenter en fonds publics ou par les revenus publicitaires liés aux spots de pub audio. Sur Internet, la donne ne change pas le fond, que l’on édite une radio ou de la vidéo, la diffusion est accompagnée de spots audio. Chez nous, sur Radionomy, en France ou aux Etats-Unis, on passe entre deux et quatre minutes de pub par heure."

Aucune différence par rapport au modèle analogique, la FM ? “Si, la précision de la localisation et des goûts des auditeurs permettent (de cibler avec beaucoup de précision l’auditorat et donc de lui faire entendre de la pub dédiée de manière plus pointue). Vous n’aurez pas, en écoutant à Namur une radio spécialisée dans la musique classique, la même publicité qu’un auditeur situé à Bruxelles et qui écoute du rock”. Et… que vaut le clic sur une radio en ligne, selon ces critères de situation géographique et de profil d’auditeur ? “Ici, c’est comme sur les sites Internet, on paie par CPM, soit le coût pour mille spots diffusés. Avec des demandes très ciblées de la part des annonceurs, bien entendu. Exemple : on achète 10 millions d’impressions sur des 15/25 ans”.

Radionomy, qui vient de finaliser l’acquisition de ShoutCast, une plateforme de diffusion radio en ligne utilisée par des pros ou des semi-pros, s’est spécialisée dans la fourniture d’un set d’outils permettant à tout un chacun de créer rapidement une radio en ligne et de la monétiser sans devoir se préoccuper des soucis administratifs qu’implique une telle activité. Au total, Radionomy – installée à Anderlecht – va disposer d’une base de radios en ligne, forte de 60000 unités , qui vont s’ajouter aux 8000 actuelles. Elle dispose donc d’ores et déjà d’une masse critique qui lui permet de s’imposer comme un leader mondial du secteur.

“Nous n’avons pas de concurrent véritable compte tenu du fait que notre offre est totalement intégrée. Mais ils vont venir. Cela étant, notre plateforme est adaptée à tous, avec une capacité évolutive. Au début, on fait de la radio par passion, mais pour que cela dure, il faut des revenus. Il y a dans ce secteur comme dans d’autres, la nécessité d’un modèle économique réaliste. Et c’est là que nous apportons notre spécificité. Et cela, notamment, au travers de TargetSpot, la régie publicitaire spécialisée avec laquelle nous avons fusionné en septembre passé. Nous récoltons les recettes publicitaires via un système de monitoring extrêmement précis, et nous en redistribuons une part aux éditeurs de radios. Au préalable, il faut en ôter la part des ayats droit, auteurs et producteurs. C’est une étape que le particulier peut franchir en solo, mais c’est un cheminement complexe et une barrière supplémentaire. Là aussi, au travers d’accords spécifiques, nous aidons l’acte de création des éditeurs. Et c’est nécessaire, puisque la radio en ligne comme les sites Internet ou la télé sont des produits consommables à l’échelle mondiale. A cet égard, nous travaillons en Belgique avec la Sabam qui gère les droits des auteurs partout dans le monde…”

Quid du “rendement” de cette activité du point de vue de l’éditeur d’une radio ? “C’est complexe, parce que l’on parle en théorie d’heures de streaming, mais ce n’est pas très parlant pour le public. J’estimerais cela différemment donc, en disant qu’il faut avoir 60000 auditeurs par mois pour prétendre à des revenus, soit 60000 internautes se connectant une fois sur une radio Internet. Ca ne fait jamais que 2000 par jour… Et là, on peut envisager des recettes de 2000 à 3000 euros par mois. C’est un salaire.” Un salaire ou un revenu complémentaire qui est à comparer à l’activité de vente sur un site d’enchères comme eBay : au départ, c’est un hobby, ensuite, ça se professionnalise et peut devenir un véritable boulot.

L’émergence de ces radios en ligne signe-t-elle la fin des radios FM ? “ Je ne veux certainement pas opposer la FM et les radios en ligne. Elles vivent leur vie de manière complémentaire et sont souvent présentes simultanément sur la bande FM et sur Internet. Mais il est clair qu’un jour ou l’autre, la FM va s’arrêter. Idem pour les longues ondes et même la DAB (radio numérique, digital audio broadcast). Aux Etats-Unis, des constructeurs automobiles ont annoncé leur intention de cesser prochainement d’intégrer des radios FM dans les tableaux de nord de leurs voitures. Il est très simple aujourd’hui de se connecter à une radio en ligne via un smartphone et de l’écouter via le système Bluetooth embarqué…”.

Alexandre Saboundjian, acteur incontournable désormais de la radio en ligne.