Le pire de la crise est-il passé aux Etats-Unis ? Les chiffres du chômage dévoilés vendredi ont, en tout cas, agréablement surpris les observateurs, lesquels tablaient sur la poursuite de la détérioration du marché de l'emploi. Or, si des emplois ont encore été perdus en juillet, c'est dans une proportion bien moindre que prévu : 247 000 emplois ont été supprimés, le mois dernier, alors que le consensus des économistes tablait sur 325 000. En juin, les Etats-Unis avaient encore enregistré 443 000 pertes d'emplois.

Dans les chiffres, cela se traduit encore par une - légère - baisse du chômage, qui s'affiche désormais à 9,4 % de la population active américaine, contre 9,5 %, le mois précédent. C'est même la première décrue sur le front du chômage depuis avril 2008. " Ce type de nouvelles devrait alimenter l'idée que le pire de la crise est passé ", a commenté un analyste.

C'est en tout cas le pari que les Bourses ont fait vendredi, les places européennes bondissant dès l'annonce de ces statistiques pour terminer la séance nettement dans le vert : Paris a, par exemple, clôturé en hausse de 1,25 % à 3 521,14 points, soit au plus haut depuis le 10 novembre 2008, voilà neuf mois exactement. Peu avant la publication des chiffres du chômage, les indices accusaient une baisse allant de 0,80 % à 1 %...

Logiquement soutenue par cette bonne nouvelle inattendue, la Bourse de New York a elle aussi allègrement retrouvé le chemin de la hausse, après la légère baisse enregistrée jeudi. De quoi permettre aux indices new-yorkais de toucher leur plus haut de l'année. En séance, le Dow Jones a même dépassé les 9 400 points. Ce même indice était à 8 163,60 points voilà un mois et à 6 469,95 points début mars, quand le marché ressemblait encore à un jeu de massacre.

Les marchés boursiers sont en fait en nette hausse depuis le début du mois de juillet, soutenus par divers indicateurs conjoncturels tels que ceux mesurant l'évolution des ventes de logements ou de la production industrielle.

" Toutes les statistiques nous indiquent un retour prochain de la croissance" , diagnostique Sebastian Paris-Horvitz, directeur de la stratégie chez AXA IM dans sa note de Stratégie d'investissement. Pour sa part, ING Investment Management " distingue une tendance prometteuse en ce qui concerne les économies européennes et américaine" . Les stratèges de Carmignac Gestion estiment eux aussi que "le pic de la dégradation économique est derrière nous ". Les hausses boursières ne semblent donc pas reposer sur du sable.

La partie n'en est pas pour autant gagnée. La reprise, si elle se confirme, restera fragile. Il faudra aussi que les ménages américains retrouvent un fort appétit de consommation alors qu'ils ont plutôt eu tendance à épargner ces derniers mois, ce qui n'est pas vraiment dans leur nature. Il faudra sans doute plus qu'une légère amélioration du taux de chômage pour les convaincre de dépenser à nouveau. D'autant que cette embellie n'est sans doute que passagère : l'administration Obama s'attend toujours à ce que le taux de chômage dépasse la barre des 10 % d'ici la fin de l'année. Il était de 5 % voilà dix-huit mois...

Le nombre de chômeurs de longue durée a également continué à croître : il y a désormais cinq millions de personnes à la recherche d'un emploi depuis 6 mois ou plus, soit un chômeur sur trois. Cela semble démontrer qu'il est de plus en plus difficile de retrouver un emploi.

Autre point noir relevé : la population active a diminué de 422 000 personnes en juillet, bien plus vite qu'en juin (- 155 000), ce qui incite à penser que bon nombre de salariés licenciés ont renoncé à chercher du travail.

Vendredi, les marchés financiers voulaient en tout cas privilégier le bon côté des choses, tablant sur le fait que la récession donne bien, désormais, de solides signes d'essoufflement...

© La Libre Belgique 2009