Cela fait à peine neuf mois que Didier Quillot, ex-patron d'Orange en France, a rejoint l'écurie d'Arnaud Lagardère. Désormais à la tête de Lagardère Active (qui regroupe les activités presse et audiovisuelles), M. Quillot s'est vu confier une triple mission : améliorer les performances économiques de Lagardère Active, réussir la transformation numérique des activités et faire évoluer le modèle économique pour devenir l'un des premiers éditeurs et producteurs mondiaux de contenus diffusés à la fois en presse, à la radio, à la télévision et sur Internet.

De passage cette semaine à Bruxelles à l'occasion d'une réunion de la Fédération européenne de la presse périodique (FAEP), Didier Quillot a répondu à nos questions (lire ci-contre). Il s'est également exprimé devant le gratin des éditeurs européens de presse magazine, et devant Viviane Reding, commissaire européenne en charge des médias, sur l'entrée de Lagardère Active dans "le monde de la convergence" entre médias écrits et digitaux. "La presse imprimée a déjà fait face à plusieurs révolutions par le passé. Non seulement elle y a survécu mais elle a aussi, à chaque fois, amélioré son contenu et la valeur ajoutée fournie aux consommateurs. Un nouveau média n'a jamais tué un vieux média. Ils s'additionnent" , a-t-il expliqué.

Didier Quillot identifie trois "clés de succès" pour réussir l'entrée des médias traditionnels dans le monde du numérique. Un : connaître les règles propres au marché du digital. "Il s'agit d'un modèle "low-cost", c'est-à-dire avec des coûts variables très vertueux : le point d'équilibre est vite atteint. Internet devient rapidement profitable." Deux : combiner simultanément le développement des activités imprimées et digitales. Et ce tant sur le plan des contenus éditoriaux que de la vente des espaces publicitaires. Trois : profiter de "marques fortes" pour étendre leur audience sur des plates-formes multimédias. "Nos marques (NdlR : "Elle", "Paris-Match", "Première", etc.) jouent un rôle de navigateur unique dans le flux d'infos sur Internet. Il existe une confiance dans ces marques en raison de la crédibilité de leurs contenus."

Appels à Viviane Reding

Didier Quillot s'est également adressé à Viviane Reding afin qu'elle contribue à lever tous les obstacles au développement des médias numériques en Europe. "Il serait stupide de rater le train du numérique parce qu'on n'aurait pas su régler à temps, c'est-à-dire aujourd'hui, des questions de bon sens : la TVA à taux réduit, la régression de la publicité due à une surréglementation, la bonne définition des copyrights et des droits d'auteur, l'attitude à prendre face à Google et aux moteurs de recherche, l'affirmation juridique de la liberté d'expression." Mme Reding, en réponse, a notamment indiqué que tant qu'elle serait commissaire, il n'y aurait aucune interdiction supplémentaire sur la publicité. Quant à la TVA, elle a invité M. Quillot à lobbyer auprès des gouvernements nationaux...