Il est permis de débattre et, accessoirement pour certains, de rêver. A savoir : restaurer, comme ce fut le cas avant 1989, une radio-télévision de service public (RTBF) "libérée" de la publicité commerciale. Un sujet hautement tabou depuis près de vingt ans. Ce scénario est pourtant de retour sur l'avant-scène politico-médiatique depuis qu'un certain Sarkozy a proclamé le 8 janvier dernier qu'il ne voulait plus de pub sur les chaînes de France Télévisions (même si, depuis lors, on parle plutôt d'une suppression partielle...).

Et si c'était possible en Communauté française ? Et si la RTBF coupait les ponts avec les "méchants" annonceurs publicitaires ? En des termes plus diplomatiques, la question était au centre d'un débat public, vendredi, dans l'hémicycle du Parlement de la Communauté française sous l'appellation (très) contrôlée de "La publicité et le financement de l'audiovisuel public". Durant plus de quatre heures, tout qui a un avis sur le sujet - associations, universitaires, patrons de chaînes, publicitaires,... - a pu l'exprimer. Mais, contrairement au voeu formulé par Marc Janssen, président du Conseil supérieur de l'audiovisuel, les intervenants ne sont pas vraiment parvenus à sortir de "leur" vérité. Des avis donc assez peu conciliables, ce qui n'a toutefois rien enlevé à la qualité des points de vue exprimés.

Qu'on le veuille ou non, deux camps se font face dans le débat sur la pub à la RTBF. Il y a les "anti" qui, à l'image de la plateforme associative représentée par Christine Steinbach (Equipes populaires), dénoncent les "incohérences" toujours plus fortes entre la logique consumériste des messages publicitaires et les missions de service public de la RTBF. Avec Catherine Rousseau (Crioc), Patrice Godinot (Respire) ou encore Bernard Hennebert (Consoloisirs), elle réclame "à tout le moins" la réalisation d'une étude scientifique indépendante sur les effets d'une RTBF sans pub. Frédéric Antoine (UCL) a, lui aussi, appelé à libérer "au moins partiellement" les chaînes publiques de la pression des annonceurs. "Mais quelle est la volonté du monde politique pour donner un nouveau souffle à l'audiovisuel public ?", a-t-il ajouté.

Dans l'autre camp, celui des gestionnaires de chaînes et des publicitaires, on répond par la loi implacable des chiffres (audiences, budgets, investissements,...). Jean-Paul Philippot, patron de la RTBF : "En Europe, la Communauté française est celle qui alloue le moins de moyens à l'audiovisuel public. Est-ce qu'en cas de suppression de la pub (NdlR : qui représente 23 pc des moyens de la RTBF), on garantirait un financement compensatoire ?" La réponse fuse : non. M.Philippot renvoie à l'éducation aux médias, seule voie réaliste pour aider le (jeune) public à mieux décoder les messages publicitaires.

Les annonceurs, eux, n'imaginent pas une RTBF sans pub. "Dans une communauté aussi petite que la nôtre, le secteur a besoin de la RTBF pour valoriser les messages publicitaires", tranche Frank Meysman, président du Conseil de la publicité. Se passer des écrans pubs à la RTBF, ajoute-t-il, ce serait se priver de "toucher" 37 pc de la population francophone. Christiane Dardenne, patronne de l'agence médias Space, a mis en évidence l'intérêt des annonceurs pour les publics spécifiques de la RTBF (seniors, classes sociales élevées, etc.).

D'aucuns, en fin de compte, se tournent vers le politique pour trancher (notamment la question des financements alternatifs, très peu évoquée lors du débat). Et là, on sait bien que la majorité PS-CDH ne veut pas mettre le doigt dans l'engrenage d'une RTBF sans pub. D'accord pour débattre, donc, mais pas question de passer à l'acte...