Correspondant en allemagne

Rebondissement dans la crise bancaire allemande : pour éviter la faillite, la banque publique Sachsen LB, affaiblie par des crédits souffrants en Amérique, a été obligée de se réfugier sous le toit de la grosse Landesbank du Bade-Wurtemberg (LBBW). Obéissant à un ultimatum de Bafin, l'autorité de tutelle bancaire, qui expirait dimanche à minuit, le gouvernement saxon a décidé hier de vendre l'unique banque publique d'ex-RDA. Pour les experts la fusion entre LBBW et Sachsen LB est un prélude à un large mouvement de concentration des onze Landesbanken allemandes.

Le filet de sécurité d'un volume de 17,3 milliards d'euros, que le mouvement des caisses d'épargne avait mis à disposition il y a une semaine pour permettre à la Sachsen LB de faire face aux engagements de sa filiale irlandaise Ormond Quay sur le marché du "subprime" américain, n'a pas tenu longtemps. Selon des rumeurs, un nouveau "trou" de 400 millions d'euros serait apparu auprès de deux autres fonds. Jochen Sanio, président de la Bafin, a exigé la vente immédiate de la banque saxonne à une banque publique saine avant l'ouverture des marchés lundi. Hier à l'issue d'un conseil des ministres extraordinaire, le ministre-Président de la Saxe, Georg Milbradt, a confirmé la cession à la LBBW de Stuttgart.

Concentration salutaire

Vu l'urgence, la diète saxonne n'a pas pu approuver la mesure hier, elle le fera durant la semaine. Avec un total du bilan de 428 milliards d'euros en 2006 et 12 250 employés, la LBBW est le numéro un des banques publiques allemandes et un géant comparé à la Sachsen LB avec un bilan de 68 milliards et 600 employés, dont les postes ne sont apparemment pas en danger. La LBBW est aussi prête à reprendre la West LB de Düsseldorf (285 milliards, 6 400 employés), qui a été victime de spéculations sur des actions.

Or, le gouvernement de Rhénanie-Westphalie, qui possède une participation minoritaire, a peur d'affaiblir la place financière de Düsseldorf. La LBBW possède déjà à 100 pc la Landesbank de Rhénanie-Palatinat (74 milliards, 1 500 employés). Si la LBBW réussit à avaler la West LB, elle deviendra avec un total du bilan de 850 milliards d'euros et 21 000 employés la deuxième banque du pays après la Deutsche Bank. Il n'est pas exclu que les sept autres Landesbanken, apparemment en bonne santé, se regroupent à leur tour.

La naissance de deux à trois grands pôles de banques publiques contribuerait à réduire l'actuelle atomisation de l'appareil bancaire et cela rendrait les banques allemandes plus performantes. L'opinion prédomine que le faible rendement sur le marché domestique a incité la Sachsen LB et l'IKB, autre banque déchue, à améliorer leurs marges en allant courir des risques démesurés à l'international.