Plus de 62000 euros serviront à financer le tout premier programme d’éducation financière de l’après-crise en Belgique. C’est ce qu’a annoncé le Réseau financement alternatif (RFA) mercredi à Bruxelles. Cette association milite pour davantage d’éthique dans la finance. L’argent rassemblé pour ce projet provient de 45 associations qui ont approuvé un vaste programme destiné à enseigner aux citoyens les mécanismes et les enjeux de la finance. Les organismes qui ont accepté d’investir dans ce projet sont de taille et d’horizons très différents. Cela va du Grip (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité) aux Médecins du monde, en passant par la Fédération des restos du cœur de Belgique ou encore Inter-Environnement Bruxelles.

"Une telle mobilisation est très rare, souligne Bernard Bayot, directeur du RFA. Premièrement, obtenir un tel financement est exceptionnel. D’autant plus que le secteur associatif subit lui aussi les conséquences financières de la crise économique. Deuxièmement, la mission principale de ces associations est parfois très éloignée de la sphère financière. Il s’agit par exemple de l’environnement, des droits de l’homme, etc. Leur engouement autour du projet d’éducation à la finance responsable et solidaire prouve donc qu’il y a un élan citoyen en réponse à la crise financière."

Concrètement, les associations concernées vont solliciter leurs membres et mobiliser leurs réseaux pour constituer des groupes d’éducation financière à l’échelle locale. L’objectif est de constituer un maillage suffisant du territoire afin que toute personne intéressée puisse faire appel à un groupe et ainsi améliorer ses connaissances en matière financière.

Pourquoi recourir à ces relais peu communs pour tenter d’éduquer la population en matière financière ? "Nous sommes partis d’un constat, explique Bernard Bayot. Depuis le début de la crise, on a beaucoup entendu le monde politique et les acteurs du secteur financier, mais pas la société civile. Or nous avons le sentiment que ce n’est qu’avec la participation de celle-ci qu’à long terme, on pourra dépasser cette crise."

Ce projet entend aussi sensibiliser les citoyens aux enjeux de la finance. Il s’agit de leur faire prendre conscience de l’utilisation qui est faite de leur argent, par exemple. C’est la dimension éthique du programme d’éducation. Le RFA fournira aux groupes locaux les outils adéquats, tels que des films de sensibilisation à l’usage de l’argent, le jeu "FinanCité" qui permet de prendre conscience des conséquences d’un comportement financier, etc.

Une fois l’information de base donnée, chaque groupe pourra se spécialiser dans l’une des trois thématiques du projet éducatif. La première concerne l’épargne. "L’idée est de compléter l’information sur la sécurité liée à l’épargne, détaille Bernard Bayot. En plus, le but est de responsabiliser l’épargnant en l’incitant à se renseigner sur l’utilisation que son institution financière fera de son argent. Servira-t-il à financer des activités destructrices pour l’homme et l’environnement ou au contraire à développer des projets durables ?"

La deuxième thématique porte sur le crédit. Ici, la réflexion portera sur la place de plus en plus grande que prend le crédit dans la société belge et européenne. "Le modèle classique de l’épargne que nous apprenaient nos grands-parents cède progressivement le pas au modèle anglo-saxon d’un crédit beaucoup plus développé. Est-ce une fatalité ?", s’interroge Bernard Bayot. Les groupes d’éducation aborderont aussi évidemment les questions de la capacité à obtenir un crédit et de l’évaluation de la situation budgétaire. Les problèmes de surendettement trouveront aussi leur place dans cette deuxième thématique.

La troisième vise quant à elle les alternatives à l’argent. Il s’agit de sensibiliser le public à des systèmes tels que les échanges d’heures de prestations. La banque du temps permet par exemple d’échanger une heure d’une certaine prestation contre une heure d’une tout autre prestation, ce qui échappe à la logique financière pure. "Tous les échanges doivent-ils être monétarisés à l’aide d’une devise classique ?", questionne Bernard Bayot.

Le projet d’éducation à la finance responsable et solidaire prévoit aussi qu’après une phase d’information et de spécialisation dans l’une des trois thématiques, chaque groupe peut passer à l’action, c’est-à-dire développer des initiatives locales, telles qu’un module de gestion budgétaire, la constitution d’un groupe d’épargne-crédit, la création d’une monnaie locale favorisant des échanges plus respectueux de l’environnement, etc. Le RFA entend aussi développer des échanges entre les différents groupes et les encourager à témoigner de leur expérience vers le grand public.

L’opération débutera début 2010, même si certains relais locaux des associations mobilisées ont déjà manifesté leur intérêt et sont prêts à agir. La première phase du projet durera quatre ans. "C’est un projet ambitieux mais à long terme", résume Bernard Bayot. Une première évaluation aura lieu après un an.