Souvent victime de cyberracket et de cyberespionnage, les entreprises ont peut être enfin trouvé une échappatoire à la cybercriminalité. Le "cloud computing" serait-il apte à trouver des solutions à ces cyberattaques ? Nous avons rencontré JP Rangaswami, CIO chez « BT Global Services » (entreprise internationale qui commercialise des systèmes informatiques en réseaux). Egalement maître de conférence, auteur du blog " Confused of Calcutta " et chargé de trouver des idées originales de par le monde pour son entreprise, il nous explique son attrait pour le "cloud computing ".

Dernier concept à la mode dans le secteur informatique, le Cloud Computing, littéralement "l'informatique dans les nuages ", permet aux entreprises utilisatrices d’externaliser les ressources numériques qu'elles stockent. Ces sociétés peuvent donc disposer d’applications, de puissance de calcul, de moyens de stockage, etc. en tant que "services" fournis par des sociétés tierces. "Ces entreprises seront donc déchargées de toute contingence matérielle, logicielle et de communication vu que ce sont ces sociétés tierces qui s’occuperont du fonctionnement de l’infrastructure informatique. De plus, le "cloud computing" permet une personnalisation des services à chaque utilisateur qui se traduira en gain de temps et de performances ", nous explique Mr.Rangaswami.

De nombreuses contestations :

Tant au niveau social, qu’au niveau juridique, sécuritaire et économique, ce phénomène redéfinit complètement le paysage des technologies de l’information et de la communication (TIC) et on voit directement apparaître différents enjeux qui suscitent déjà la polémique.

Côté économique, notre expert souligne notamment le fait que "les utilisateurs n’achèteront plus des serveurs et des logiciels à des prix exorbitants, mais les loueront et ne paieront que pour l’usage qu’ils en feront ".

Mais ce n’est pas le seul avantage financier. En effet, considéré comme un avantage pour les uns et comme un préjudice pour les autres, des ordinateurs bon marché concurrenceront bientôt des machines plus chères vu que les capacités demandées pour accéder aux offres " cloud " sont minimes. Pointant du doigt un I-phone et évoquant une situation similaire en ce qui concerne le BlackBerry, Mr. Rangaswami s’exclame : " il suffit d’avoir une connexion à Internet ! ".

Un deuxième pan de critiques s’attèlent à relever le caractère flou de la situation juridique qu’a créé ce type de système informatique interconnecté. En effet, l’abstraction sur la localisation des données (quel serveur, quel datacenter, et surtout quel pays ?) ainsi que le droit applicable aux données et aux applications sur le "cloud" semblent poser problème. Notre expert s’insurge : "c’est faux ! Certains fournisseurs, comme Amazon, le premier cybermarchand à avoir inauguré ce type d'offres en 2006, offrent des garanties sur l’emplacement physique des données. Ce sont des clauses du contrat fournisseurs-client qu’il faut négocier", concédant toutefois qu’il existe des conflits de souveraineté juridique lorsqu’un litige doit être réglé à un niveau international.

Loin de toute considération juridique ou économique, l’une des craintes les répandues sur le "Cloud Computing" réside dans la sécurisation, au sens large, de l’accès aux applications et aux données. En effet, certains affirment que le "cloud computing" est trop vulnérable aux attaques de cybercriminels. De plus, son caractère "multilocataire" expose des entreprises, parfois concurrentes, au partage de mêmes ressources informatiques, ce qui suscite la crainte quant à l’espionnage de données confidentielles. Mr. Rangaswami tempère : "encore une fois, les gens se trompent ! Le "cloud" peut être mieux sécurisé ! Cela va juste se répercuter dans les prix. Si dans le monde physique, on peut sécuriser une place ou un établissement, il en est de même dans le monde virtuel. Il ne s’agit que d’une question de confiance. Les gens font bien confiance aux services d’ "Internet bancking", alors pourquoi ne pas le faire concernant d’autres données ! De plus, les données des entreprises seront mieux protégées chez des spécialistes que par elles-mêmes".

Alors que certains signalent la gourmandise en énergie de ces serveurs interconnectés, d’autres dénoncent le caractère propriétaire de ce type de système. Cependant le "cloud computing" est un phénomène en pleine effervescence. Selon les chiffres avancés par la société Symantec, les services Cloud représentaient 5% des investissements TIC mondiaux en 2009, soit 17 milliards de dollars. Alors que d’ici 2013, ces services pourraient atteindre 10% des investissements mondiaux, soit 44 milliards de dollars, Mr.Rangaswami affirme que "la prochaine tendance sera au modèle hybride : un système qui mixe "cloud computing" et système interne, ce qui permettra un meilleur contrôle sur les données ".