LIBRE ECO WEEK-END | CO-ENTREPRENEUR CAFE #39

Alors que la crise globale du coronavirus s’aggrave, l’entrepreneur et l’investisseur fait face à ce qui est d’habitude une de ses métaphores favorites : la viralité. C’est ce que l’on souhaite (et ce que l’on demande) de toute nouvelle application mobile, ou service internet : une capacité à se répandre d’utilisateur à utilisateur… à la façon d’un virus.

Chronique signée Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, directeur de AI Black Belt, professeur invité à l’UCL et à l’UNamur.

L’origine du "marketing viral" serait attribuée à Tim Draper, célèbre investisseur des débuts de Hotmail, le premier email accessible par le Web, auquel il avait suggéré d’ajouter une ligne à la fin de chaque mail " Get your free email at Hotmail ". Ceci permettait à chaque message envoyé d’avoir une chance de "convertir" ("contaminer") son destinataire, en le convainquant d’adopter la solution. Depuis, de nombreuses entreprises, de Dropbox à Uber, ont connu des croissances vertigineuses en adoptant ces pratiques de dissémination.

Après cet emprunt (symbolique) de l’entrepreneuriat à l’épidémiologie, peut-on renvoyer l’ascenseur : utiliser quelques recettes du monde start-up dans la lutte contre le coronavirus ? Tout entrepreneur sait qu’on ne peut rien faire sans tableau de bord et sans métriques. Ici déjà, on peut regretter qu’en Belgique, les chiffres quotidiens sont un assez mauvais reflet de la réalité, puisqu’on ne teste pas de façon large (la Corée du Sud, par exemple, teste intensivement, ce qui permet d’isoler des foyers plus rapidement).

L’agilité, l’adaptabilité est une vertu des start-up. Mais elle semble délicate à appliquer dans la configuration belge : laisser de l’autonomie et de la souplesse aboutit à ce que l’on se renvoie la balle en pointant, par exemple, " que le fédéral a recommandé, pas formellement interdit" . L’agilité marche quand on prend ses responsabilités !

Il faut aussi bien du discernement : les informations se propagent avec une belle rapidité, que ce soit les fake news ou les informations validées. Regarder ce qui se passe à l’étranger devrait permettre d’avoir "un coup d’avance". Si on a le courage d’agir de façon proactive plutôt que réactive…

Enfin, personnellement, je continue à avoir une grande foi dans la capacité de résilience, innovation, et collaboration de l’être humain : des projets commencent à poindre pour de nouveaux designs de respirateurs, un des maillons faibles de la chaîne de traitement des cas aigus de Covid-19. L’occasion de rappeler que l’idéogramme chinois pour "crise" (wei ji) est la juxtaposition de ceux de "danger" (wei) et "opportunité" (ji).

R.

roald@roald.com

Roald Sieberath

Multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, directeur de AI Black Belt, professeur invité à l’UCLouvain et à l’UNamur

J’assistais mercredi à l’assemblée générale de l’UWE à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve. Au fil des discours, des témoignages d’entrepreneurs, se dégagent des messages clés, qui indiquent que l’entreprise de demain sera bien différente de celle d’il y a 20 ans… et que la mutation est en cours.

L’impératif le plus central était "innovation". Auparavant, ça semblait cantonné à quelques grandes entreprises disposant de leurs labos de R&D. Désormais, il semble compris que toute entreprise est invitée à innover, même les plus petites (ça peut se faire par l’innovation de business model, un de mes dadas depuis 2010, et le sujet de mon cours à l’UNamur, dans les traces de Yves Pigneur et son Business Model Canvas ).

Des entreprises, comme Tilman, EyeD Pharma, Alpha Innovations, ont témoigné de leurs démarches d’innovation, souvent soutenues par des aides comme celles de la DGO6.

L’innovation technologique de rupture est exemplifiée par Benoît Deper, fondateur de AeroSpaceLab : son projet de lancer une constellation de nano-satellites, inspiré par son expérience américaine à la NASA en Silicon Valley, l’a propulsé en moins de deux ans (et avec 11 millions levés), comme LA société en Europe capable de jouer sur cet enjeu mondial, au carrefour de l’aérospatial, de la donnée, de l’intelligence artificielle.

Juste derrière l’innovation arrive l’enjeu de la transition écologique et de l’économie circulaire. Trop longtemps, l’environnement était le grand absent de nos calculs économiques.

Plus présent que jamais, entre autres par la voix du président Jacques Crahay, il reçoit l’aval du ministre-président , et le soutien d’acteurs comme la coalition Kaya , et The Shift , et des actions comme le Green Deal .

Là aussi, il s’agit d’un mouvement qui peut toucher chaque entreprise, chaque entrepreneur. Salvatore Ianello, le CEO du chocolatier Galler, m’expliquait comment ils ont repensé fondamentalement ce métier "classique" pour l’orienter sur de telles valeurs fortes, et éminemment dans l’air du temps.

Au final, les conclusions de l’administrateur-délégué Olivier de Wasseige rassemblent et donnent la direction. L’UWE va continuer à équilibrer ces trois piliers : le souci écologique, la rentabilité économique, l’équilibre social.

Avec l’ambition de " donner un nouveau visage à la Wallonie ", d’après les mots du ministre-président.

R.

roald@roald.com