Toutes les Régions du pays ont connu une reprise après la crise économique de 2009 mais c'est la Wallonie qui a enregistré la plus forte croissance sur la période 2008-2011, avec une croissance économique annuelle moyenne de 1,18%, soit deux fois plus que la Flandre, indiquent les comptes régionaux publiés vendredi par l'Institut des comptes nationaux (ICN). Sur cette période, la croissance économique annuelle moyenne s'est élevée à 0,62% pour Bruxelles et 0,58% pour la Flandre.

Après un repli en 2009 (-2,9%), l'activité économique a connu une nette reprise en Wallonie en 2010 (+3%) tandis que l'emploi total a augmenté de 1,1%, malgré près de 2.900 pertes d'emploi dans l'industrie, dont 1.800 dans la métallurgie.

"La croissance économique plus vigoureuse en Wallonie par rapport aux deux autres Régions a été soutenue principalement par l'industrie (essentiellement l'industrie pharmaceutique et, dans une moindre mesure, la métallurgie)", explique l'ICN.

En 2011, selon des premières estimations, l'économie wallonne a progressé de 2,3%, avec une augmentation totale de l'emploi de 1,5%. Une croissance "essentiellement portée par les branches d'activité +construction+, +industrie+, +transports et entreposage+, +activités immobilières+ et +commerce de gros et de détail+", poursuit l'ICN.

Quant à la Flandre, après le recul de 2009 (-3,2%), elle a enregistré une croissance de 2,1% en 2010 et, selon les premières estimations, de 2,3% en 2011. Au cours de ces deux années, l'industrie flamande aurait néanmoins perdu quelque 16.800 emplois.

Enfin, si l'économie de la Région de Bruxelles-Capitale a elle aussi souffert en 2009 (-1,8%), elle a pu renouer avec la croissance en 2010 (1,6%). Pour 2011, les estimations font état d'une croissance de 1,4%.

L'ICN constate par ailleurs que le revenu disponible par habitant s'élevait en 2010 à 16.850 euros en Wallonie (91,3% de la moyenne nationale), 19.500 euros en Flandre (105,8% de la moyenne nationale) et 17.350 euros (94% de la moyenne nationale). En 2010, seule la Région wallonne a néanmoins pu améliorer sa position par rapport à la moyenne nationale.

L'OCDE pointe une Wallonie "pleine de ressources, mais peu innovante"

Malgré ces chiffres, tout est loin d'être rose pour l'économie wallonne. La Wallonie est confrontée à l'impératif d'accélérer son processus de transformation vers une économie plus dynamique et plus innovante, a averti l'Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) dans une étude réalisée sur la politique d'innovation dans la Région. L'OCDE dresse un tableau mitigé de la Wallonie, entre un taux d'activité trop faible et un niveau de formation de la main d'oeuvre qui supporte la comparaison mais doit s'améliorer.

Certaines sous-régions -le Brabant wallon - et secteurs d'activité sont performants - chimie, sciences du vivant, métaux dans les application avancées, agro-alimentaire, sciences du vivant - mais "d'autres pans de l'économie régionale ne sont pas à la hauteur des enjeux". L'étude pointe la situation du Hainaut qui connaît un taux de chômage excessif, une main d'oeuvre peu qualifiée et un PIB faible "malgré l'apport important des Fonds structurels européens".

Aux yeux de l'OCDE, la Wallonie ne souffre pas tant d'un problème de ressources que d'un déficit de capacité à en tirer profit. Des activités innovantes existent dans certains secteurs mais elles restent trop limitée pour entraîner l'ensemble du tissu productif. L'étude note à cet égard que la recherche et développement sont concentrés dans un petit nombre d'entreprises, en particulier dans la chimie et la pharmacie, et que ce sont les grandes entreprises qui présentent un taux d'innovation élevé. Les PME, si on les place dans une comparaison internationale, ne sont pas assez innovantes.

L'OCDE relève également le rôle important que jouent les universités dans la recherche mais épingle la concurrence qui règne entre elles ainsi qu'une fragmentation de la politique d'innovation.

"Une action urgente et courageuse est requise pour définir et mettre en place une politique d'innovation à la hauteur des défis de l'économie wallonne. Une grande faiblesse des politiques wallonnes est leur fragmentation, avec ses corollaires que sont une faible lisibilité et une efficacité à améliorer", dit l'OCDE.

A l'heure où resurgit le débat sur les liens entre Wallonie et Bruxelles, l'étude insiste "sur le potentiel important à exploiter dans la Région voisine de Bruxelles-Capitale".