Une bergerie primée AWE Awards 2019

Antoine Mabille est agriculteur et représentant au Collège des producteurs. Sa motivation : faire découvrir l’élevage ovin en Wallonie. « Comme beaucoup de mes collègues, la ferme familiale a dû se réorienter avec la crise du lait. « J’ai donc commencé le 15 février 2019 et notre cheptel compte aujourd’hui 900 brebis en charolaise et Ile de France. Nous produisons de l’agneau pour une quinzaine de boucherie de la région, trois restaurants et des consommateurs qui peuvent venir se fournir à la ferme sur réservation de colis ». Actuellement, Antoine Mabille collabore avec un atelier de découpe - Agrinnew, à Marloie - mais il souhaite avoir son propre atelier à l’horizon 2021. « Il existe près d’une quarantaine d’éleveurs ovins en Wallonie et pourtant le secteur est en pénurie », poursuit-t-il. « L’essentiel de la viande provient des Pays-Bas, de la Nouvelle Zélande et de l’Irlande. Elle parcourt entre 1500 et 2500 kilomètres pour arriver dans l’assiette du consommateur. Les animaux sont abattus et mis sous vide sur les bateaux. Chez nous, les bêtes sont abattues le jeudi matin et déjà en commercialisation le samedi. C’est une garantie de fraîcheur. Elles parcourent, en outre, un maximum de 70 kilomètres ». Les animaux sont nourris de manière intégrée, puisque l’exploitation est en autonomie fourragère à 95%. « Seuls 5% de minéral sont intégrés à la ration pour qu’ils aient une nourriture équilibrée. Nous sommes actuellement seulement à 15% en autoconsommation en Belgique, mais il faut poursuivre l’effort ». Un effort récompensé en 2019 puisqu’Alain Mabille a reçu un AWE Awards, un prix qui donne occasion de faire découvrir aux citoyens wallons la passion qui anime les acteurs de l’élevage.

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Un Whisky Single Malt : de la passion à la patience

Belgian Owl, c’est l’histoire d’Etienne Bouillon, un homme passionné par son terroir, la Hesbaye. Sensible à l’humain et à la terre, il crée des Single Malt artisanaux élaborés avec une orge, la variété Sebastian, cultivée durablement, équitablement et dans le respect de la rotation des cultures, dans sa région natale. « J’ai rempli mon premier tonneau le 29 octobre 2004 à 11 heures. Je ne l’oublierai jamais », nous explique-t-il. « Je travaille avec 6 agriculteurs locaux répartis sur 77 hectares et nous collaborons dans une philosophie de commerce équitable, c’est essentiel pour moi ». Etienne Bouillon est considéré comme l’un des meilleurs distillateurs du monde. Il a fait ses premiers pas aux côtés de Jim McEwan, lors de son apprentissage à la distillerie Bruichladdich sur l’île Islay en Ecosse. « Mon métier est un travail de passion, mais aussi de grande patience. Il s’étale sur près de cinq ans avant la dégustation, avec trois années exclusivement consacrées au vieillissement ». Une patience également plusieurs fois récompensée : Belgian Owl a été, en 2011 et en 2015, élu meilleur whisky Single Cask Européen de l'année par Jim Murray dans la célèbre Whisky Bible.

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Le safran de Cotchia : du safran belge en pistils

Eric et Sabine Leonard tiennent, à Wasseiges, la première safranerie de Belgique. « A la base, nous sommes agriculteurs. J’ai repris cette ferme en 1985 avec mon père et mon frère. Mais, dans les années 90, la réforme de la PAC nous a obligé à mettre 20% de cultures en jachère. C’est à ce moment-là que l’on s’est dit qu’il fallait se diversifier. On a alors lancé la première plantation de cassis en Belgique ». Mais la chute du mur de Berlin a fait crouler les prix. Eric Leonard a alors décidé se lancer dans la boucherie à la ferme. Au bout d’une vingtaine d’année toutefois, l’appel de la terre a été le plus fort. « Avec Sabine, mon épouse, on a vraiment ressenti le besoin de revenir à notre métier premier ». C’est alors qu’une émission a tout changé. « Sabine a vu un documentaire sur la culture du safran dans le Limousin. Nous sommes allés les voir et nous sommes tombés amoureux de l’activité. On est revenu avec 1500 bulbes en test et on s’est rendu compte que cela fonctionnait. C’était un vrai défi tant du point de vue des prix (34.000 euros du kilo) que du point de vue de la météo. Mais on y a cru. On a démarré avec 150.000 bulbes en 2000. Aujourd’hui, on ne vit plus que de cela. On est sur 2Ha80 et on a 600.000 bulbes dans le sol. Dans le monde du safran, c’est énorme car la récolte des fleurs se fait quasiment de manière manuelle. C’est un travail de minutie et cela doit aller assez vite car les fleurs ne vivent que 24 heures ». Un acharnement au travail primé à de nombreuses reprises. Le safran de Cotchia a reçu le prix de l’innovation et de la gastronomie en 2014, le prix du Talent wallon 2016 et le prix de l’artisan de l’excellence par Eurotoques. Il a également été repris dans le Gault Millau vert 2017.

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Devant ces prix prestigieux, comme Antoine Mabille et Etienne Bouillon, Eric Leonard reste empreint d’humilité. Et pourtant, chaque année, des milliers de personnes visitent la bergerie, la distillerie et la floraison. « C’est le plus beau des cadeaux fait à notre région. Pour le reste, je dirais simplement aux agriculteurs qui veulent se reconvertir : qui veut, peut ! Faites de vos rêves une réalité ! », ponctue les yeux brillants de fierté Eric Leonard.