Premiers actionnaires de Lagardère, le géant des médias Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré, et le fonds activiste Amber Capital voulaient renverser le conseil de surveillance du groupe et y être représentés en nommant quatre nouveaux membres.

La direction ayant exclu l'organisation d'une assemblée générale extraordinaire, ils s'étaient tournés vers le tribunal de commerce de Paris pour qu'il désigne un mandataire ad hoc chargé de la convoquer, une décision rarissime concernant une société cotée.

Le tribunal les a en effet déboutés de toutes leurs demandes mercredi, considérant qu'ils n'avaient pas "démontré avec l'évidence requise qu'ils poursuivent un autre but que celui de leurs intérêts propres".

Pour justifier de l'urgence d'organiser une telle AG sans attendre celle prévue chaque année en mai, l'avocate d'Amber, Diane Lamarche, avait notamment expliqué lors de l'audience de plaidoirie vouloir contester au plus vite le renouvellement anticipé, le 17 août, du mandat de gérant d'Arnaud Lagardère pour quatre années supplémentaires.

Or, ce renouvellement "n'est contraire à aucune disposition statutaire" et "son opportunité peut se justifier", a écrit mercredi le président du tribunal de commerce Paul-Louis Netter.

Dans un communiqué, Vivendi prend "acte de la décision" mais "reste confiant dans le bien-fondé de (sa) démarche" et annonce qu'il va faire appel.

Pour l'héritier Arnaud Lagardère, cette décision constitue une occasion de souffler car dans le cas d'une assemblée générale, il risquerait d'être mis en minorité.

Malgré la montée rapide au capital ces dernières semaines de son nouveau partenaire, l'empereur du luxe Bernard Arnault, Lagardère et Arnault ne représentent ensemble que 15% du capital et 17% des droits de vote.

En face, M. Bolloré, convié en avril pour soutenir la direction, a désormais acquis le contrôle de 27% des parts, et 20% des droits de vote: une position qu'il affectionne particulièrement, au seuil du déclenchement automatique d'une offre publique sur le groupe d'édition (Hachette) et de distribution dans les gares et aéroports (Relay), sans oublier les médias (le JDD, Paris Match et Europe 1).

Vivendi bénéficie de plus d'un droit de première offre sur la participation de 20% détenue par Amber Capital.

Rencontre entre voisins

Le fonds souverain du Qatar (13% des parts et 20% des droits de vote) serait alors appelé à les départager. Or, ce soutien historique d'Arnaud Lagardère est sorti de sa réserve fin septembre pour qualifier publiquement la demande de Vivendi et Amber de "légitime".

Mais chez Lagardère, le match se joue aussi dans les tribunes. Et l'enjeu des tractations n'est rien d'autre que le statut du groupe, la "commandite par actions" (SCA), un rempart contre toute prise de contrôle actionnariale.

Arnaud Lagardère a longtemps exclu de céder sa commandite, mais a été contraint cette année de tenter de la monnayer. Dans l'accord conclu avec Bernard Arnault à qui il a cédé 27% de sa holding personnelle pour éponger une partie de ses dettes personnelles, il évoque l'échange de son statut privilégié contre des parts de son groupe, qui a souffert de la crise sanitaire mais dont le cours en Bourse a largement bénéficié de ce combat entre milliardaires.

Selon Capital, il a également rencontré seul à seul Vincent Bolloré, son voisin dans le quartier cossu de la Villa Montmorency à Paris. "Bien évidemment, je ne +décommanditerai+ pas avec des actionnaires qui rêvent d'avoir mon scalp et qui veulent découper mon entreprise, comme Amber Capital. Mais si j'arrive à avoir en face de moi des gens qui veulent le faire de manière intelligente et apaisée, pourquoi pas", a-t-il déclaré vendredi au magazine, affirmant également que "Vincent Bolloré n'est pas (son) ennemi".

© AFP