C'est "le délit d'initiés du siècle" selon l'hebdomadaire "Business Week". Ou du moins, le plus marquant depuis le scandale Ivan Boesky, ce golden boy de Wall Street condamné à trois ans de prison et 100 millions de dollars d'amende en 1987.

Jeudi dernier, la Commission des opérations en Bourse (SEC) et la justice américaine ont démantelé un important réseau de délits d'initiés, dans lequel serait impliquée une quinzaine de personnes, employées ou ex-employées de grandes banques d'affaires de Wall Street et responsables de fonds de spéculation (hedge funds).

Dans l'affaire la plus importante, Mitchel Guttenberg (41 ans), qui s'occupait de la gestion des portefeuilles des clients institutionnels chez UBS, divulguait à des tiers des informations confidentielles comme des recommandations des analystes sur des titres ou de prochaines fusions-acquisitions, avant que celles-ci ne soient rendues publiques. Par exemple, en mai 2006, il annonçait une prochaine recommandation positive d'UBS sur Goldman Sachs à ses contacts, qui ont pu acheter 7 300 actions de la société, et les revendre le lendemain avec 20 000 dollars de profit. Un des comparses de Mitchel Guttenberg, Erik Franklin, utilisait ses conseils pour prendre positions sur des titres pour lui-même, pour Lyford Cay et Bear Stearns, deux institutions financières pour lesquelles il travaillait.

Une deuxième affaire implique Randi Collotta (30 ans), une ancienne avocate de Morgan Stanley, qui aurait communiqué des informations à son mari, Christopher Collotta, également avocat. Ce dernier monnayait les fuites aux autres membres du réseau.

Une quinzaine d'employés...

Au total, le coup de filet concerne une quinzaine d'employés de quatre des plus prestigieuses banques de Wall Street (UBS, Morgan Stanley, Bank of America et Bear Sterns) et de trois hedge funds (Lyford Cay Capital, Chelsey Capital, Q Capital Investment Partners). Ces sociétés ont annoncé qu'elles coopéreraient avec la justice.

... et 15 millions de dollars

Les deux réseaux démantelés auraient empoché 15 millions de dollars sur 5 ans par le biais de ces activités illégales. Quatre inculpés ont plaidé coupables. Ils risquent jusqu'à 25 ans de prison.

Les arrestations ont fait du bruit dans le quartier des affaires new-yorkais mais les malversations n'ont surpris personne. "Les traders parlent depuis longtemps de mouvements suspicieux sur les stocks avant des annonces importantes. Il y a toujours eu de vagues suspicions de fuites d'information", affirme Holly A. Stark, un ancien trader reconverti en consultant.

L'autorité américaine des marchés était particulièrement en alerte ces derniers mois, après avoir constaté un nombre anormal de transactions sur certaines actions à la veille de l'annonce de grandes opérations, particulièrement nombreuses l'année dernière sur un marché qui a retrouvé son dynamisme de 2000. Les puissantes "hedge funds" sont dans le collimateur de la SEC, compte tenu de leur opacité et de la diversité de leurs stratégies. Ils sont les meilleurs clients des sociétés de Wall Street, représentent entre 30 et 50 pc des transactions des plus grands marchés, et réalisent les montages les plus complexes et les plus rentables pour les banques.