Nouveau coup dur pour la Deutsche Bank: dans l'affaire Mannesmann, la Cour de justice fédérale a annulé l'acquittement de Josef Ackermann, président de la plus grande banque allemande, et ordonné l'ouverture d'un nouveau procès pour abus de confiance. Plusieurs associations d'actionnaires réclament la démission de l'infortuné banquier.

En cassant le jugement clément rendu en juillet 2004 par la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Düsseldorf, les juges suprêmes de Karlsruhe n'ont pas vraiment surpris. C'est l'acquittement au terme du plus grand procès économique de l'après-guerre qui avait fait sensation à l'époque. Tout en confirmant que le banquier et cinq autres accusés avaient enfreint la loi sur les sociétés anonymes, le tribunal les avait tout de même acquittés, estimant qu'ils n'avaient pas commis d'abus de confiance et avaient subjectivement cru bien agir.

L'affaire remonte à février 2000. A la fin de l'OPA inamicale de Vodafone contre Mannesmann, opération record de 190 milliards d'euros, le conseil de surveillance de l'entreprise allemande avait accordé à plusieurs managers de Mannesmann, obligés de partir, des primes d'un total de 57 millions d'euros. Le président Klaus Esser avait touché 15 millions. Parmi ceux qui avaient approuvé les versements, figuraient Ackermann, à l'époque encore simple membre du directoire de la banque, et Klaus Zwickel, ancien chef du syndicat IG Metall; mais ni Ackermann ni Zwickel n'avaient obtenu de l'argent.

Maintenant la Cour fédérale considère que la façon d'agir des accusés exige une sanction pénale. Une autre chambre du tribunal de Düsseldorf devra refaire le procès l'été prochain. Il est cependant possible que le parquet accepte un marchandage obligeant les accusés à payer « volontairement » de fortes amendes.

Josef Ackermann, d'origine suisse, a toujours soutenu que dans le monde des affaires anglo-saxon, le versement de primes élevées est pratique courante. Et la Deutsche Bank l'a toujours appuyé sur ce point. D'un autre côté, après son acquittement, le patron a commis plusieurs bourdes: en février il a eu le mauvais goût d'annoncer le départ de 6500 employés le jour même où il publiait d'excellents résultats et tout récemment il a choqué le public en renonçant à secourir les souscripteurs d'un fonds immobilier en difficulté.

© La Libre Belgique 2005