L’histoire de l’œuf et de la poule : l’exclusion bancaire est-elle un préalable à l’exclusion sociale ou est-ce l’inverse ? " Dans notre monde actuel, de plus en plus financiarisé, si l’on ne possède pas un compte bancaire, on se retrouve d’office marginalisé" , constate Bernard Bayot, directeur du Réseau Financement alternatif (RFA). L’ASBL l’avait déjà constaté l’année dernière - lors de son premier rapport sur l’inclusion financière en Belgique - entre 95 000 et 100 000 personnes ne possèdent pas de compte courant, soit 1 % des personnes enregistrées en Belgique. " En 2012, on remarque une légère augmentation du nombre de comptes à vue; mais, malheureusement, peu de données sont exploitables pour quantifier la progression d’une année à l’autre" , regrette M. Bayot.

Un statu quo que le RFA juge d’autant plus "inquiétant" que la loi belge garantit désormais un service bancaire de base à tout citoyen. "Oui, mais encore faut-il avoir une résidence, savoir lire, écrire, " , rappelle-t-on au RFA, où l’on estime que banques et pouvoirs publics "ne font pas assez pour accorder ce droit à tous".

En fait, il y aurait, selon le Réseau, pas mal de choses à changer dans notre pays qui était pourtant encore récemment cité en exemple en matière d’inclusion bancaire en Europe. "Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers , avertit-on au RFA. Les pouvoirs publics ont effectué d’importantes interventions pour sauver certaines banques, mais il n’y a pas eu de grosses avancées sur l’inclusion bancaire. Il est temps de prendre ces thèmes à bras-le-corps."

Le constat chiffré de ce nouveau rapport montre ainsi que de 100 000 à 400 000 personnes sont, en Belgique, exclues d’un ou plusieurs services financiers, que ce soit les comptes bancaires, d’épargne, les crédits, les assurances ou les garanties locatives. Le Réseau a mené son enquête auprès de 38 personnes concernées par cette exclusion financière (voir témoignages ci-dessous). Les situations sont diverses.

1 Crédit. Dans son premier rapport, le Réseau avait déjà avancé d’autres chiffres témoignant de l’intensification du phénomène d’exclusion ces dernières années : 356 611 personnes, soit 4,13 % de la population majeure en Belgique, avaient en 2009, au moins un crédit en défaut de paiement. Ce chiffre serait en hausse d’après le Réseau qui s’inquiète aussi du nombre de Belges surendettés(74 645 dossiers, soit une hausse de 10 % par rapport à 2010). Selon l’ASBL, la Belgique fonctionne à deux vitesses en matière de crédit. " On accorde tout d’abord trop facilement certains contrats, comme les ouvertures de crédits, à un public précarisé qui ne dispose pas des moyens de rembourser. C’est d’ailleurs dans ce type de crédit qu’on retrouve le plus grand nombre de défauts de paiement." D’autre part, il existe, et c’est paradoxal, aussi un manque d’accès à certains crédits qui touche une bonne partie de la population. "Nous ne considérons pas le crédit comme un droit absolu, mais lorsqu’une capacité financière suffisante et une compréhension adéquate des obligations de crédit sont réunies, une offre devrait être disponible." Le peu de crédits de faible montant proposé par les banques en Belgique est ainsi dénoncé.

2 Epargne. Le nombre de comptes d’épargne par habitant continue à augmenter constamment depuis 2000. " Mais cela reste insuffisant, notamment auprès d’un public précarisé qui s’autoexclut . Le programme de microépargne le montre clairement : certaines personnes qui, avant de participer au projet, ne se croyaient pas capables d’épargner, ont réussi à le faire ."

3 Assurances. D’après le Réseau, les assurances non obligatoires sont devenues un produit de luxe pour un nombre croissant de Belges. Ainsi, des dettes de soins de santé sont présentes dans 60 % des dossiers des services de médiation wallons pour un montant moyen de 1 296 euros. Inquiétant aussi, en matière d’assurances voitures, le nombre de déclarations de sinistres incluant des "non-assurés" a augmenté en 2011, alors que ce chiffre avait chuté ces dernières années. "Il faut un tarif social radicalement plus avantageux" , plaide le RFA. En ce qui concerne les assurances incendie, le RFA constate que " c’est souvent l’insuffisance de la couverture qui pose des difficultés d’usage aux assurés, car elle ne correspond pas à la valeur actualisée du bien assuré" .