Coup sur coup, à un peu plus d’un mois de distance, la société belge de dragage Deme a signé deux méga-contrats (plus de 900 millions d’euros chacun). L’un en Australie, l’autre au Qatar. Tous deux en association. Des contrats qui ne sont pas légion, certes, mais pas non plus exceptionnels, selon Alain Bernard, CEO de Deme. Pour maintenir son chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros, la société se doit d’engranger, chaque trimestre, des nouvelles commandes d’une valeur moyenne de 500 millions d’euros.

Vous dites que les contrats australien et qatari ne sont pas exceptionnels. Quel est le montant moyen des contrats de Deme ?

C’est impossible à dire. On signe de gros contrats. Les deux dont vous parlez, mais également celui de C-Power, des éoliennes en mer du Nord (400 millions d’euros), par exemple. Mais on a aussi beaucoup de contrats de 10 à 25 millions, qui peuvent être tout aussi intéressants. Dans notre secteur, on ne s’ennuie pas. Il y a beaucoup de projets dans le pipeline.

Dans le domaine du dragage mondial, il n’y a que quatre grosses sociétés, deux belges (Jan de Nul et Deme), deux néerlandaises (Boskalis et Van Oord). Un manque de concurrence qui profite au quatuor ?

Avant tout, il faut dire que le dragage international, ce ne sont pas quatre sociétés mais cinq. Le Chinois CCCC (China Communications Construction Company) en est d’ailleurs le n° 1, en termes de flotte comme de chiffre d’affaires. Parce que leur marché national est énorme. Mais CCCC est également de plus en plus agressif partout dans le monde. Quant à évoquer la concurrence, elle ne se confine certainement pas à ces 5 sociétés. Le marché du dragage, du moins quand on l’analyse par zone, est l’affaire de grosses PME locales. Et on en trouve partout dans le monde. De plus, le dragage reste un "petit" marché. De 20 milliards d’euros, mais dont la moitié (soit une grosse part du gâteau !) n’est pas accessible aux sociétés étrangères. C’est le cas entre autres des Etats-Unis, du Canada, du Japon et de la Chine, qui appliquent des mesures protectionnistes.

C’est donc un petit marché beaucoup plus concurrentiel qu’on le croit…

Mais moins aussi parce qu’il est extrêmement pointu, high tech. C’est une discipline qui exige qu’on y applique les techniques pointues imaginées dans d’autres secteurs (chimie, électricité, matériaux ). Notre département R&D est majeur. Et hyperproductif. Les bateaux sont conçus ici. Les techniques aussi. A titre d’exemple, on est actuellement capable de poser des pierres - pour protéger un pipeline par exemple - à 2 km de profondeur en mer. Avec une précision au centimètre près. Autre exemple, on a développé des matériaux pour des tubes en acier utilisés dans le domaine de l’aéronautique.

Sur les contrats australien et qatari, vous travaillez en association avec des sociétés locales. C’est indispensable à un tel niveau ?

Ce n’est pas indispensable. C’est un choix volontariste de notre part, qui tient sans doute à l’histoire de la société et à son actionnariat actuel. Deme est en effet issue du regroupement de différentes sociétés, dont celles qui étaient inscrites dans le giron de nos deux actionnaires, CFE et Ackermans&van Haaren. On aime travailler en partenariat qu’il soit technique ou stratégique. Et ce, dans tous les domaines que nous pratiquons : le dragage, l’environnement, l’éolien Pour C-Power (éolien offshore), nous sommes partenaires avec la SRIW et la SOCOFE. Pour certaines fondations en mer, on travaille avec Sarens, qui fait intervenir ses grues et ses grutiers. Travailler avec des partenaires, c’est notre force. Même si ce n’est pas toujours évident. Il faut se respecter mutuellement. Et puis, on pense qu’il faut être local pour être "successfull".

Mais deux actionnaires, n’est-ce pas difficile ? Ne jouent-ils pas le rôle de… belle-mère ?

Pas du tout. Ce sont des actionnaires actifs, qui apportent leur expérience respective et leurs contacts. CFE fait partie du groupe Vinci, très actif en France et à l’étranger. Ackermans&van Haaren, c’est aussi l’entreprise Van Laere. Sur certains projets, ils apportent le génie civil, nous, le dragage. Mais on est très autonomes. Et libres de travailler en fonction des opportunités. Nos deux actionnaires ont exactement le même poids, 50/50. Et cela marche très bien. C’est une question de personnes, aussi.