L'angoisse persiste pour les 5 225 travailleurs de l'usine VW à Forest. Contrairement à ce qu'il espérait, vendredi soir, le personnel n'était toujours pas fixé sur son sort. "Le conseil de surveillance de Volkswagen n'a pas pris de décision concernant le site de Forest", a indiqué un porte-parole du constructeur allemand à l'issue du conseil. "Je n'ai pas été informé d'une décision directe sur Forest", abondait Jos Kayaert, directeur du personnel du site de Forest, interrogé par l'agence Belga. "Le conseil de surveillance détermine la stratégie, qui est ensuite mise en musique par la direction, laquelle élabore des scénarios. Nous nous attendons à en être informés mardi." Le conseil d'entreprise extraordinaire prévu à Forest, mardi, a lui été maintenu.

C'est dans cette détestable attente que l'usine a tourné vendredi. Jusqu'en fin d'après-midi, le personnel a assumé son service, quasiment normalement. "L'ambiance est calme mais on sent que l'usine est sur le point d'exploser", observait Rik Van Herreweghen, le délégué de la CNE flamande en début d'après-midi. "La direction ne donne aucune information au personnel. C'est scandaleux !", complétait Stefaan Van Bockstaele, son collègue de la CGSLB. Et un autre syndicaliste de déplorer le départ en vacances du directeur général du site.

La tension est effectivement montée d'un cran au sein de l'usine, en fin d'après-midi. Quelques dizaines de travailleurs ont débrayé spontanément. "Ils voulaient avoir des informations. Cela n'a pas arrêté la chaîne", rapporte la porte-parole du site. Les trois syndicats ont appelé le personnel à poursuivre normalement le travail afin de ne pas donner d'argument à la maison mère pour réduire massivement l'emploi à Forest. Cela n'a pas empêche le personnel de partir en grève vers 20 heures, exigeant "de la clarté" selon Pascal Van Cauwenberghe, de la CSC. Pour mémoire, la presse allemande croit savoir que 20 pc des effectifs des sites bruxellois, espagnol et portugais seront supprimés. Cela concernerait plus d'un millier de personnes à Forest.

Afin d'éviter tout débordement, la police de la zone Bruxelles Sud a déployé discrètement, en fin d'après-midi, une centaine de policiers et des autopompes aux abords de l'usine. Le dernier changement d'équipe avait lieu hier, à 22 heures. Même si le week-end s'annonce assez calme - l'équipe étant en chômage économique -, les forces de l'ordre ont décidé de maintenir leur dispositif.

Les autorités fédérales et régionales du pays ne cachent pas leurs craintes. Le Premier ministre Guy Verhofstadt a tenté une offensive de charme en invitant la nouvelle direction de VW (lire ci-dessous) pour un entretien. "Le gouvernement exprime l'espoir que la direction de l'entreprise tiendra compte, lors de l'élaboration de ses futurs plans de production, des efforts déjà réalisés à l'usine de Forest et des mesures prises par le gouvernement et qu'elle ne se laisse pas uniquement guider par un réflexe national", a-t-il déclaré.

© La Libre Belgique 2006