Vilipendés en temps « normal », les camions sont mieux perçus depuis la crise sanitaire. Mais le futur reste très incertain, avec la crainte de voir les autorités se tourner vers le secteur du transport pour réalimenter les caisses de l’État !

« Les citoyens ont pu redécouvrir ces dernières semaines l'importance des camions et de leurs chauffeurs pour alimenter les grandes surfaces », pointe Michaël Reul, Secrétaire Général de l’Union Professionnelle du Transport et de la Logistique.

Mais la forte visibilité du transport pour les supermarchés et la pharmacie ne doit pas faire oublier combien la situation reste très difficile pour nombre de transporteurs. Malgré la levée progressive des mesures de confinement, toute une partie de l’industrie et du commerce tourne encore au ralenti. Certes, les secteurs dits essentiels ont mis les bouchées doubles, mais le problème de sous activité touche d’autres pans de l’économie. « Résultat : en avril, le secteur du transport a globalement perdu 30% de son activité. Des 142.000 camions qui, en semaine, sillonnent habituellement les routes belges, il n’en restait en effet qu’un peu plus de 100.000 ! ».

Une véritable tragédie économique pour de nombreux transporteurs et logisticiens dont les activités sont restées de longues semaines partiellement ou totalement à l’arrêt. Et contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de grandes entreprises qui peuvent faire le gros dos pendant quelques mois en attendant une reprise économique. « Cette image du ‘gros transporteur’ ne correspond pas à la réalité : la taille moyenne des entreprises de transport en Belgique, c’est moins de sept camions. Et une entreprise sur trois dispose même d’un seul camion. Il s’agit d’une majorité d’entrepreneurs indépendants et de sociétés familiales », détaille Michaël Reul.

Crainte de l’après-Corona

Si la levée partielle du confinement était assurément la mesure la plus attendue à court terme par les transporteurs, ceux-ci craignent déjà l’après-crise Corona et l’heure où il faudra combler les déficits publics.

Après avoir été considérés comme l’un des maillons économiques les plus essentiels de la crise du coronavirus, les transporteurs ne comprendraient pas de retrouver leur simple statut de «vache à lait». « Pour remplir les caisses de l’État, une vieille tradition consiste à se servir allègrement dans la poche des éternelles vaches à lait que sont les transporteurs ... L’argument environnemental, en particulier, est déjà agité par certains pour ériger des taxes qui toucheraient le transport routier. Plus encore que du coronavirus, c’est de la rage taxatoire que bon nombre d’entrepreneurs de notre secteur ont actuellement le plus peur », continue Michaël Reul.

Redorer l’image des chauffeurs

Un des souhaits avancés consiste aussi à reconsidérer l’image du transport et de la logistique. À la mi-mars, le Fonds Social Transport et Logistique lançait précisément une campagne de recrutement et d'image avec un slogan prémonitoire : « En route vers l’aventure ». Objectif : trouver 5 000 conducteurs de camion. « Cette campagne est plus que jamais d’actualité ! Même si nous avons perdu de l’activité avec la crise sanitaire, la pyramide des âges de nos chauffeurs est défavorable. Nous devons absolument convaincre de nouvelles recrues de nous rejoindre », confirme Michaël Reul.

Rappelons que le métier de chauffeur de poids lourd figure depuis de nombreuses années dans le top 10 des professions en pénurie dans notre pays. « C’est un métier dur, avec des horaires parfois difficiles, mais il faut reconnaître que la fonction traverse les crises et qu’elle offre de bonnes perspectives au niveau du salaire net, ainsi qu’une série d’autres avantages sociaux complémentaires (assurance hospitalisation, fonds de pension…). La plupart du temps, la formation peut être payée par le secteur, via le fonds social. Ce sont des éléments objectifs, qu’il faut faire connaître », ajoute Michaël Reul, en renvoyant les candidats chauffeurs vers le site enrouteverslaventure.be.

À l’heure où beaucoup de jeunes et moins jeunes doivent envisager des pistes pour leur avenir, en voilà une à ne pas négliger : le métier de conducteur de poids lourds. On cherche 5 000 aventuriers !

Chiffres clés du secteur transport en logistique en Belgique

  • 9.329 entreprises de transport
  • 68.496 ouvriers
  • 35.325 employés
  • 71.357 camions et camionnettes couverts par une licence de transport en Belgique

Comment sont transportées les marchandises en Belgique ?

  • Transport routier : 71,8 %
  • Navigation intérieure : 14,7 %
  • Chemin de fer : 13,5%

Répartition par mode transport pour le transport de marchandises au niveau belge, en tonnes-kilomètres (source : : SPF Economie - Direction Générale Statistique - Bureau du Plan)