Michaël Trabbia, CEO d’Orange Belgique, attend du futur gouvernement fédéral qu’il relance rapidement le dossier de la 5G. Il affiche sa volonté de continuer à “casser les codes” du marché belge des télécoms. M. Trabbia évoque les ambitions d’Orange dans le domaine des services aux entreprises.

Cela fera bientôt trois ans que Michaël Trabbia a pris la direction du groupe Orange en Belgique. Il a reçu La Libre pour un large tour d’horizon des dossiers présents et futurs.

Le déploiement de la 5G - la cinquième génération du standard pour la téléphonie mobile - est le sujet dont tout le monde parle dans le secteur des télécoms. Avez-vous déjà commencé à investir dans cette technologie ?

On est en phase de préparation. Des tests ont été menés. Malheureusement, le dossier de la 5G est en stand-by en Belgique, pour des raisons politiques. Ce sera au prochain gouvernement fédéral de le relancer. J’espère qu’il pourra aboutir rapidement. Car, au-delà des améliorations technologiques (latence, débit, massification des connexions), la 5G va permettre de développer une connectivité à la demande, de définir des classes de services, de garantir des débits pour toute une série de nouveaux usages comme l’Internet des objets, l’industrie 4.0, les villes intelligentes, etc.

Vous avez déjà chiffré le coût du déploiement de la 5G pour Orange en Belgique ?

Il y aura d’abord le coût des fréquences. Puis il y aura le coût du déploiement proprement dit. Cela se chiffrera en centaines de millions d’euros à répartir sur plusieurs années. On ne pourra pas proposer la 5G partout, à tout le monde, du jour au lendemain. On le fera en priorité dans les zones où il y a des besoins de capacité supplémentaire de la part des entreprises.

Imaginons que le nouveau gouvernement fédéral soit mis en place à l’automne et que le dossier de la 5G soit débloqué dans la foulée, avec le lancement des enchères pour les nouvelles fréquences. Dans ce cas de figure, à quel horizon pensez-vous pouvoir proposer la 5G à vos clients ?

Le calendrier le plus raisonnable que l’on peut espérer, ce sont des enchères dans la deuxième partie de 2020, ce qui nous amènerait en 2021 pour le lancement opérationnel. Entre l’obtention des fréquences et le lancement commercial, il faut notamment obtenir une série de permis pour les infrastructures techniques. Par ailleurs, il reste toujours un obstacle à surmonter, qui est celui des normes d’émission.

Cela concerne seulement la Région bruxelloise ?

Pour Bruxelles, en l’état actuel des normes, on ne peut rien faire en matière de 5G. Pour la Wallonie et la Flandre, si on veut tirer le plein bénéfice de la 5G, il faudra aussi faire évoluer les normes d’émission.

Les opérateurs télécoms avaient pourtant trouvé un terrain d’entente avec les autorités régionales, non ?

Oui, sauf que la concrétisation de l’accord a été reportée au prochain gouvernement bruxellois. Si le projet de texte n’était pas voté, il est certain que Bruxelles ne serait pas la première ville belge couverte par la 5G.

Quelles sont vos autres attentes ou demandes à l’égard des futurs gouvernements (fédéral et Régions) ?

C’est avant tout une relance rapide du processus des enchères pour les fréquences de la 5G. Il ne faudrait pas dépasser 2020 pour que l’attribution soit effective. C’est essentiel si on veut répondre à la croissance des usages et à la compétitivité des entreprises actives en Belgique. Ces entreprises auront un gros problème de développement si la 5G n’est pas disponible rapidement en Belgique. Mon message est donc qu’il faut lancer les enchères d’ici 2020. Il faut aussi que ce soit des enchères normales, avec une application des mêmes règles à tous les candidats aux fréquences.

Vous craignez toujours qu’on favorise l’arrivée d’un quatrième opérateur de téléphonie mobile en lui octroyant des conditions plus favorables ? Pourtant, les deux derniers ministres fédéraux des Télécoms, MM. De Croo et De Backer, estiment que ce serait le seul moyen de faire baisser les prix des services télécoms en Belgique.

Ce n’est pas ça que j’ai entendu de la part des ministres De Croo et De Backer. Leur volonté est d’animer la concurrence, ce que je trouve sain et positif. Mais cette concurrence, elle existe déjà. Il y a des opérateurs mobiles virtuels (MVNO) qui se développent. Orange est d’ailleurs en train d’accueillir deux opérateurs de Medialaan (Jim Mobile et Mobile Vikings) et on va aussi accueillir un nouvel opérateur (Neibo). Cela montre bien qu’avec trois opérateurs mobiles, il y a de la concurrence. En revanche, tout ce que l’on voit dans les autres pays montre que ce n’est plus le cas avec quatre opérateurs. C’est un fait.

Le manque de concurrence concerne surtout le fixe où, malgré votre arrivée sur le câble en 2016, on reste dans une situation de duopole. Aujourd’hui, vous comptez 200 000 clients convergents (Love). Vous restez un petit acteur face à Proximus et Telenet.

Nous sommes de moins en moins un petit acteur. En 2016, peu de personnes, y compris nos concurrents, nous voyaient à ce niveau-là. Ce succès continue à se construire. Tous les trimestres, on ajoute plusieurs milliers de nouveaux clients. On fêtera, plus que certainement, les 300 000 clients dans le courant de 2020. La dynamique va se poursuivre, croyez-moi.

Avec quel objectif à moyen terme ?

Quand je suis arrivé en septembre 2016, j’avais annoncé vouloir atteindre une part de marché de 10 % à un horizon de 3 à 5 ans. Aujourd’hui, on est à la moitié du chemin. On respecte notre feuille de route.

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“On va continuer à casser les codes du marché belge comme on le fait depuis trois ans”

Cela fait trois ans, ce mois-ci, que Mobistar a disparu du paysage belge des télécoms au profit de la marque Orange. Quel bilan dressez-vous de cette opération de “rebranding” ?

C’est l’un des “rebrandings” les plus réussis à ce jour au sein de tout le groupe Orange. Ça montre que la marque n’était pas totalement inconnue des Belges. Surtout, ce changement de marque s’est accompagné d’un nouveau positionnement, avec de nouveaux services. Que ce soit en interne ou auprès de nos clients, on ne ressent aucune nostalgie à l’égard de Mobistar.

Le positionnement d’Orange en Belgique est celui du “challenger audacieux”. Quelle est votre spécificité par rapport à Proximus, Telenet et Voo ?

Trois mots : casser les codes. C’est ce qu’on a entrepris depuis trois ans. Dès le lancement d’Orange Belgique en mai 2016, on a cassé les codes du marché belge des télécoms avec Love, notre offre convergente TV + Internet, qui attaquait le duopole existant (formé par Proximus et Telenet, NdlR) et sa logique de prix en augmentation constante. Nous n’avons pas augmenté nos prix depuis trois ans. On a aussi cassé le code de la frustration des usages. Nos concurrents limitaient les usages de leurs abonnés, tant sur le fixe que sur le mobile. On a cassé cette frustration en lançant les premières offres illimitées sur le marché belge. Le succès a été tel que nos concurrents ont fini par suivre. On va continuer à casser les codes. Cet été, par exemple, on cassera le code des “packs” – selon lequel un client doit s’abonner à plusieurs services (Internet, téléphone, TV, etc.) – avec le lancement d’une offre “Internet only”. On ne veut plus imposer aux clients des services dont ils n’ont pas besoin.

Dans le segment “business-to-business” (“B2B”), c’est-à-dire des services aux entreprises, vous avez fait l’acquisition, fin avril, de la société limbourgeoise BKM pour plus de 50 millions d’euros. Pourquoi ce rachat ?

C’est vrai qu’on parle moins de nos activités “B2B”. Ça représente pourtant près d’un tiers de notre chiffre d’affaires. Cette acquisition de BKM, c’est un signal fort de notre engagement sur les services ICT (technologies de l’information et de la communication) en Belgique et de notre volonté de challenger l’opérateur historique (Proximus), très dominant sur ce marché. C’est, par ailleurs, une réponse à une tendance de fond du marché. Au-delà de la connectivité, les PME et les plus grandes entreprises demandent des outils de communication et de collaboration unifiés, ce qui est l’un des domaines d’expertise de BKM. On va pouvoir élargir notre offre de services. Aujourd’hui, les entreprises ne veulent plus avoir un fournisseur pour la connectivité et un autre pour les outils numériques. Ils veulent une solution intégrée, avec un seul interlocuteur. C’est la même chose pour les services de sécurité informatique, qui est un autre axe sur lequel on travaille beaucoup, avec une expertise très forte au niveau du groupe Orange. Il ne vous aura pas échappé qu’Orange vient d’annoncer le rachat de SecureLink, active notamment en Belgique. Là encore, on va pouvoir faire bénéficier les entreprises belges de tout le savoir-faire du groupe Orange et de son unité “Cyberdefense”, qui a d’ailleurs des équipes installées à Bruxelles.


Start up : coup d'envoi de la saison 3 pour "Orange Fab"

Pour la troisième fois depuis 2017, Orange Belgique ouvrira bientôt ses portes aux start-up belges et luxembourgeoises qui développent de nouveaux produits et services innovants proches des télécoms (Internet des Objets, 5G, Big Data, etc.). L’appel à candidatures se clôturera le 31 mai (www.orangefab.be). Dix start-up (ou scale-up) seront sélectionnées pour “pitcher” devant un jury le 20 juin ; trois d’entre elles intégreront l’Orange Fab en septembre pour être accélérées durant trois mois. Sur les six start-up belges ayant déjà pris part à ce programme, Orange Belgique a investi dans CommuniThings, qui a développé une solution de “parking intelligent”. 

“Nous avons investi 3 millions d’euros, avec Finance Brussels et Essex Innovation, pour les aider à accélérer leur croissance en Belgique et à l’international, souligne Michael Trabbia, CEO d’Orange Belgique. Le but prioritaire d’Orange Fab n’est pas d’investir dans le capital de scale-up. Il est de développer des opportunités commerciales avec les projets accélérés et de les accompagner à l’international. CommuniThings, par exemple, va nous apporter une extension de notre offre IoT (Internet of Things)”.