A l'issue du scrutin de mercredi et dont le dépouillement est intervenu jeudi, les travailleurs de la Sonaca ont rejeté le plan de restructuration de la direction. Et pourtant, les propositions mises sur la table ont été âprement négociées, durant des semaines, avec les syndicats. Les ouvriers les ont rejetées à 67 pc, les employés à 72 pc et les cadres à 54 pc. «Les résultats du vote traduisent une perte de confiance globale en la direction. La balle est maintenant dans son camp, soit elle pose un geste fort en sortant du cadre du plan, soit on change de commandant de bord. La direction prévoit de faire une économie de 63 millions d'euros par an en allant chercher 9 millions dans la poche des travailleurs, les 54 millions devront être réalisés via une maîtrise des coûts et une meilleure organisation du travail. Les travailleurs doutent de la réussite de cette dernière partie», martèle Jean-Marie Hoslet (CSC-Métal Hainaut). Du côté de la direction, c'est la déception et l'appréhension. On estime que les travailleurs ont choisi le scénario du pire. «C'est un bon accord, il a nécessité 80 heures de discussions. Nous demandons juste au personnel de travailler un peu plus. Par exemple, on demande aux ouvriers de prester 8 pc de plus que ce qu'ils font aujourd'hui, mais leur salaire mensuel augmente de 4 pc. On s'est engagés à maintenir 1 500 emplois à Gosselies d'ici 2009 (environ 1 775 travailleurs actuellement) et à préserver le pouvoir d'achat», s'indigne Pierre Sonveaux, président du conseil d'administration de la Sonaca.

D'après lui, le vote négatif des travailleurs place l'entreprise aéronautique dans une situation difficile et pourrait amener les dirigeants à prendre des mesures alternatives plus drastiques pour préserver ses intérêts. L'ardoise sociale pourrait s'alourdir d'une centaine d'emplois supplémentaires en plus des 279 pertes d'emploi initialement prévues par le plan Défi 2007. Le conseil d'administration convoqué ce vendredi à 14h30 pour approuver le bilan 2005 devra évaluer la situation et décider de la marche à suivre. Des travailleurs redoutent une externalisation d'activités (vers le Brésil), mais d'après eux, une telle décision ne ferait qu'envenimer les choses. Le résultat net de 2005 serait négatif, le cash-flow correspondrait aux prévisions. Depuis janvier, la Sonaca perdrait environ 3 millions d'euros par mois.

© La Libre Belgique 2006