Envoyé spécial à Cannes

Le Festival de Cannes touche pratiquement à son terme. Les Belges y ont été une nouvelle fois très bien représentés. Et, derrière les œuvres, le tax shelter a une nouvelle fois démontré son importance dans le financement des films. Casa Kafka, qui lève des fonds tax shelter depuis 2006, a pu tout particulièrement se réjouir. Une des productions que la société bruxelloise a financé à hauteur de 1,9 million d’euros a eu les honneurs de la compétition cannoise (et pourrait ramener un prix) : "De rouille et d’os" de Jacques Audiard, avec les acteurs belges Matthias Schoenarts et Bouli Lanners. Une autre, "Ernest et Célestine", un film d’animation d’après les livres pour enfants de de la Belge Gabrielle Vincent et coréalisé par Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. Casa Kafka a levé pour ce film, qu’elle accompagne depuis trois ans, 1,2 million.

Un deuxième dessin animé, "Le Magasin aux suicides", de Patrice Leconte, a été dévoilé à Cannes junior, en marge de la compétition officielle. L’apport de Casa Kafka y a été de 560 000 euros. Isabelle Molhant, directrice générale de Casa Kafka, est une habituée du tapis rouge cannois. L’année dernière, elle a monté les marches avec les équipes du "Gamin au vélo" des frères Dardenne ou accompagné Bouli Lanners à la Quinzaine des réalisateurs avec "Les Géants". Des réalisateurs que Casa Kafka soutient de longue date. " Notre philosophie, c’est de soutenir le cinéma belge et d’accompagner des réalisateurs sur la durée", explique Isabelle Molhant. Dans la même logique, Casa Kafka s’attache à soutenir un maximum de premiers films, jouant parfois un rôle décisif dans le démarrage d’une carrière. Casa Kafka a été créé en 2006 à l’initiative de la RTBF, qui souhaitait pouvoir mieux soutenir les films qu’elle coproduit dans le cadre de son contrat de gestion.

"Le lien avec la RTBF subsiste dans notre philosophie de travail ", précise Isabelle Mohlant. "Mais nous n’établissons pas notre catalogue en lien direct avec les choix de celle-ci. Nous le faisons en fonction du marché et de la demande." Dans les faits, toutefois, les films financés via Casa Kafka sont généralement des productions soutenues par la RTBF, de même que par les fonds d’aide publique comme la Commission de sélection des films de la Communauté française de Belgique ou Wallimage, le fonds audiovisuel wallon. Avec 15 millions de fonds tax shelter levés par an, Casa Kafka est loin d’être l’un des plus gros intermédiaires du marché (qui a généré quelque 160 millions d’euros depuis 2004). Mais sa politique, qualitative, l’amène à soutenir effectivement la fine fleur du cinéma belge : à la dernière cérémonie des Magritte, les films cofinancés par Casa Kafka ont totalisé 32 nominations, pour un total de huit trophées remportés. Aucun autre intermédiaire tax shelter n’affiche un tel retour. " Nous soutenons une moyenne de 20 films par an. En 6 ans d’activités, nous avons soutenu quelque 80 films. Nous sommes sur des productions qui tournent autour de deux millions d’euros de budget ."

Là où d’autres proposent parfois des "paniers" de films, en panachant les investissements, Casa Kafka préfère un investissement par film. " Notre but n’est pas de devenir les plus grands, mais d’accompagner le développement du cinéma belge ." Cela n’empêche pas pour autant l’intermédiaire d’investir parfois sur des productions plus commerciales ou prestigieuses, comme "Largo Winch" : même un "petit" opérateur doit diversifier son catalogue. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, une telle ligne éditoriale séduit les investisseurs - tous ne sont pas à la recherche d’un profit spéculatif. " C’est un peu dans l’air du temps" , relève Isabelle Mohlant : " Chez plusieurs de nos investisseurs, il y a l’envie de donner un sens à l’investissement. Au même titre que des épargnants qui cherchent maintenant des produits bancaires éthiques ou des consommateurs qui préfèrent acheter bio, certains ont vraiment envie que leur argent soutiennent un cinéma belge de qualité ."

www.casakafka.be