Certaines manifestations des changements climatiques sont à première vue anecdotiques, comme l’avancée d’un mois de la période des vendanges en France, ou le passage de baleines de l’Atlantique au Pacifique permis par la fonte de la banquise. D’autres sont plus inquiétantes, comme la hausse lente mais progressive du niveau de la mer - susceptible de rayer de la carte certains petits Etats insulaires -, ou encore la fonte des glaciers dans divers endroits du monde. En outre, l’exposition croissante des sociétés aux événements extrêmes - sécheresses, vagues de chaleur, inondations, etc. - conduit à une augmentation significative des dommages, déjà bien repérée par les compagnies d’assurance.

En ces temps de crise, on a pour habitude de penser que les impératifs de (très) court terme de l’économie s’opposent aux processus de moyen et long terme des changements climatiques. Pourtant, les émissions historiques de gaz à effet de serre d’origine humaine et les effets d’inertie propres à la biosphère rendent désormais inévitable un certain niveau de réchauffement, et ceci quels que soient les efforts, indispensables, entrepris pour réduire nos émissions.

Le climat des prochaines décennies est ainsi déjà largement déterminé, ce n’est qu’au-delà que l’impact des politiques de réduction des émissions se fera sentir. L’adaptation aux changements climatiques - qui vise à alléger leurs conséquences néfastes et à maximiser leurs effets bénéfiques - apparaît donc comme inéluctable, d’autant que les impacts de ceux-ci occasionneront des coûts beaucoup plus élevés si aucune mesure adaptative n’est mise en œuvre.

L’Agence européenne pour l’environnement a, par exemple, estimé qu’en investissant à l’horizon 2030 1,6 milliard d’euros par an dans l’adaptation aux risques d’inondation en Europe, les dommages liés pouvaient diminuer de 5,7 à 1,6 milliards par an. Selon la Banque mondiale, l’adaptation des pays en développement coûtera entre 75 et 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020, un coût que ces pays ne pourront supporter seuls. Mais les pays riches ne seront pas épargnés : d’ici 2020, on pourrait observer, en Europe, 25000 décès supplémentaires par an dus aux canicules.

Dans nos régions, même si les rendements agricoles pourraient augmenter à court terme, ils seront ensuite limités en raison de la disponibilité en eau et de la fertilité des sols, sans compter les pertes dues aux événements extrêmes. Des secteurs comme celui du tourisme ou des assurances devront également élaborer des formes d’adaptation. Des politiques d’adaptation s’amorcent donc en Europe et dans différents pays.

En Belgique, la Stratégie nationale d’adaptation, sortie fin 2010, décrit les impacts principaux et les réponses adaptatives existantes, et dresse un plan de route pour le futur Plan national d’adaptation. Prévu pour cette année, il sera basé sur les trois plans régionaux d’adaptation, en cours de préparation. Le niveau local est crucial dans la mise en œuvre de l’adaptation; les villes, concentrant populations et activités économiques, seront des acteurs clés à cet égard. Elles devront en particulier s’intéresser à la vulnérabilité de leurs infrastructures et à l’élévation de la température urbaine. Les acteurs privés ont également leur rôle à jouer. Certaines entreprises, dans le secteur du dragage notamment, misent déjà sur les opportunités que leur offre ce nouveau contexte climatique; d’autres seront bientôt confrontées à des investissements conditionnant la poursuite de leurs activités.

L’adaptation peut aussi passer par des mécanismes peu coûteux mais efficaces tels que des systèmes d’information et d’alerte, expliquant en temps réel les conduites conseillées en cas de conditions anormales. Bref, l’adaptation n’est pas toujours affaire de gros investissements; la concertation, la prévision et des changements de pratiques sont également indispensables. Une chose est sûre, face aux changements climatiques, l’adaptation s’avérera bien moins coûteuse que l’inaction.